Il devait y croire depuis pas mal de temps, à voir cette photographie de l’agence Reuters du 23 octobre dernier, publiée par l’International Business Times UK, où il apparaît très souriant sous son parapluie, avec son épouse, Susan Lerch Weil, qui lui tient le bras. Confiants. Conquérants dans l’attitude. «Je suis très content que toute l’affaire soit terminée», confirme aujourd’hui Raoul Weil à RTS Info, ajoutant qu’il se réjouissait «de pouvoir rentrer en Suisse revoir mes parents et aussi mon chien.»

«Tout est soudain allé très vite» ce lundi à Fort Lauderdale, relate la Neue Zürcher Zeitung. Car il a donc été déclaré non coupable, l’ex-haut responsable d’UBS, 54 ans, à l’issue d’un procès qui avait commencé le 14 octobre, après son arrestation en 2013 à Bologne puis son extradition aux Etats-Unis. Il va pouvoir quitter la Floride libre, alors qu’il risquait jusqu’à 5 ans de prison si le «petit signe» n’avait pas été mis dans «la bonne case»:

Mais en vertu de la maxime latine «necessitas probandi incumbit ei qui agit», la règle générale est que «la nécessité de la preuve incombe à celui qui se plaint». Sans tortiller, il est donc largement permis d’interpréter l’acquittement de Raoul Weil comme un sérieux revers – «a big setback», dit Forbes – pour le Ministère public fédéral américain, qui n’a pas réussi à apporter suffisamment d’arguments – l’absence de preuves dites «directes» – pour condamner l’ex-haut responsable d’UBS. Lequel était accusé d’aide à l’évasion fiscale en faveur de 20 000 riches clients américains qui auraient privé l’Etat de quelque 20 milliards de dollars. «Après l’énoncé du verdict, les procureurs sont restés assis, consternés», lit-on dans la dépêche de l’ATS, notamment publiée par Le Nouvelliste.

Raoul Weil, lui, au même moment, «s’est effondré en sanglots», a constaté un journaliste de l’AFP, repris par Le Monde. «Le ministère public a tenté de convaincre le tribunal que M. Weil avait pris une part active dans cette vaste fraude fiscale. Celui-ci était accusé d’actes de démarchage illégal, qui auraient été organisés avec d’autres banquiers moins gradés. Des comptes secrets avaient été ouverts en Suisse, au moyen d’ordinateurs cryptés.»

«Ne l’assassinons pas davantage»

Mais Raoul Weil, qui a évidemment «plaidé non coupable, avait affûté sa ligne de défense avec son avocat américain, Aaron Marcu: il ne savait rien des malversations, mais a été victime des agissements frauduleux de ses collaborateurs chez UBS…» Les 12 jurés «ont donc été plus sensibles aux arguments de la défense», confirme l’analyse, selon lesquels «aucun document» ne prouvait la culpabilité de M. Weil. «La vie de cet homme a été détruite. Ne l’assassinons pas davantage», avait lancé l’avocat de l’accusé, Matthew Menchel, dans sa plaidoirie.

«La défense avait renoncé à présenter tout témoin en faisant preuve de beaucoup de confiance», précise L’Agefi. Et l’accusé avait aussi «renoncé à témoigner durant la soirée d’hier. Le procureur insistait sur le fait que Weil était à la tête d’une pyramide avec le pouvoir d’arrêter une activité illégale. Pour la défense, seuls les clients et les banquiers d’UBS aux Etats-Unis étaient impliqués.»

Ce que 24 heures qualifie comme un «coup de poker» a logiquement «ouvert la voie aux plaidoiries finales puis aux délibérations. Avant que les jurés ne se retirent, le juge Cohn les avait prévenus qu’ils devraient acquitter Raoul Weil en cas de doute et leur avait précisé que c’était au gouvernement américain de prouver sa culpabilité. L’équipe du procureur Mark Daly peinait depuis plus de deux semaines à établir un lien solide entre Raoul Weil et les malversations reprochées à la division nord-américaine de l’UBS.»

Raoul Weil, cependant, ne se contente pas d’afficher sa satisfaction à l’heure de la victoire, que commente non sans amusement @pierreyvesrevaz sur son compte Twitter:

Raoul Weil accuse aussi, et lourdement. En trouvant «choquant» que «des personnes puissent venir ici aux Etats-Unis, violer le secret bancaire, faire du blanchiment sans être poursuivies en Suisse. Il y a là quelque chose qui ne joue pas.» Cette charge contre la justice helvétique est notamment reprise par le Tages-Anzeiger : «Nach Freispruch – Weil kritisiert Schweizer Justiz», titre le quotidien zurichois. La faute à la convention de diligence de l’Association suisse des banquiers, reconnue comme ayant force de loi par le Tribunal fédéral.

Le Financial Times insiste, lui, sur le fait qu’il n’a fallu qu’«une heure et 15 minutes» pour libérer de toute charge un homme inculpé depuis 2008, après «un procès de trois semaines qui se clôt abruptement». D’autant que l’avocat de Raoul Weil, Matthew Menchel, a commenté l’issue de la procédure en disant que «le jury avait envoyé un très mauvais message au gouvernement» américain et qu’un tel cas «n’aurait jamais dû être porté» devant les juges.

«Une défaite pour le gouvernement»

«L’acquittement est une défaite pour le gouvernement», renchérit le Wall Street Journal, après la lourde amende de 780 millions de dollars qu’il avait tout de même réussi à faire infliger à la première banque suisse. Mais ce n’est qu’un accident de parcours qui «permettra à cet homme de rebondir, lui qui se disait innocent depuis le premier jour». «Un porte-parole du Département de justice américain, bien que déçu, a fermement réitéré l’intention du gouvernement de continuer à pourchasser ceux qui se rendent coupables d’évasion fiscale offshore.» On veut bien croire que les choses ne s’arrêteront pas là.