Un oeil sur la place financière

N’opposons plus les fonds internes et les produits externes

L’architecture ouverte, battue en brèche par la nouvelle directive MiFID II, recèle toutefois de nombreux avantages pour le client

L’entrée en vigueur prochaine de la nouvelle directive MiFID II en Europe va remettre en première ligne la question de l’utilisation des fonds de placement dans la gestion privée. Pourtant, si on oppose souvent l’architecture ouverte à l’utilisation de fonds «maison», il vaut mieux éviter une attitude trop manichéenne qui ne donne pas de bons résultats, car les deux approches sont plus complémentaires qu’exclusives.

Les avantages de l’architecture ouverte

Pour les investisseurs, les avantages de l’architecture ouverte semblent clairs. En donnant accès aux meilleurs gestionnaires du monde, elle permet potentiellement d’obtenir de meilleures performances de gestion. De plus, grâce à un choix plus vaste, on peut trouver des solutions qui répondent plus précisément aux besoins, en termes d’univers d’investissement, de style, de liquidité ou de risque. Enfin, la concurrence accrue que cela crée entre les fournisseurs ne peut que bénéficier au consommateur, notamment en termes de frais ou de transparence.

En parallèle, même si l’architecture ouverte exige des compétences d’analyse non négligeables, elle permet aux banques commerciales, qui ne possèdent pas toujours de compétences de gestion propres, ou aux gérants indépendants, qui ne peuvent couvrir toutes les classes d’actifs, d’offrir à leurs clients une gestion de qualité et bien diversifiée. Tout le monde semble ainsi gagnant: l’investisseur, qui accède à des investissements performants, et sa banque ou son gérant de fortune, qui peuvent offrir des solutions compétitives sans disposer d’une expertise interne de gestion.

Une porte qui risque de se refermer

L’architecture ouverte est pourtant battue en brèche par la nouvelle directive MiFID II qui entend généraliser l’interdiction des incitations financières, déjà en vigueur dans certains pays, pour les conseillers indépendants ou dans le cadre d’un mandat discrétionnaire. Le but est d’éviter des conflits d’intérêts qui pourraient pousser un gestionnaire à investir dans un fonds ou à le recommander moins pour ses qualités intrinsèques qu’en raison de la rétrocession qu’il reçoit.

Pour louable qu’il soit, cet objectif de défense des intérêts des investisseurs risque toutefois d’être contre-productif, puisqu’on court le risque de voir les banques ou gérants indépendants renoncer à investir dans des fonds externes performants pour créer leurs propres produits. De fait, c’est ce qui se produit déjà dans les pays qui ont interdit les rétrocessions.

Des fonds internes critiqués à tort

On peut donc imaginer un retour en force des fonds «maison» dans la gestion privée. Pourtant, ces derniers souffrent d’une image plutôt négative: fréquemment placés auprès d’une clientèle captive et peu informée, parfois grevés de frais élevés et susceptibles de souffrir de conflits d’intérêts de toutes sortes, ils ont souvent été jugés moins performants que les fonds externes. Cette mauvaise réputation est pourtant loin d’être toujours méritée. Car pour quelques moutons noirs qui profitent de leur position pour placer des produits chers et sans réelle valeur ajoutée, il existe quantité de gérants d’actifs compétents et expérimentés.

Il faut surtout rappeler cette vérité fondamentale: un client choisit un gérant de fortune ou une banque avant tout parce qu’il a confiance en eux, en leur éthique et en leur compétence professionnelle. Par conséquent, si cette confiance s’applique à l’investissement direct, on voit mal pourquoi elle n’aurait plus cours dès lors que la gestion s’effectue à travers un fonds de placement.

Au contraire, on sait que, pour un compte de taille moyenne, la gestion en lignes directes est moins diversifiée, plus risquée, moins réactive et plus chère que les fonds, qui permettent une gestion plus efficace, plus professionnelle et identique entre tous les clients. Par ailleurs, ces investissements sont d’autant plus rassurants qu’ils sont généralement établis dans des juridictions sérieuses, avec des contrôles et des audits indépendants.

La confiance n’exclut pas le contrôle

Si en théorie le recours à des fonds internes est donc totalement justifié, en pratique il faut tout de même qu’ils soient de bonne qualité. Comment un client peut-il s’en assurer? Il existe une infinité de critères et de ratios très pointus pour le déterminer, mais, sans se transformer en analyste professionnel, un investisseur privé peut malgré tout évaluer assez facilement la compétitivité d’un fonds en vérifiant sa performance par rapport aux autres fonds similaires. Pour ce faire, on dispose des classements établis par de nombreux instituts indépendants. Un fonds peut être qualifié de performant s’il se classe dans le premier quartile (c’est-à-dire le Top 25% des fonds similaires) sur une période de 3 à 5 ans, qui est suffisamment longue pour être représentative.

Et parce que la performance ne doit pas être le seul critère de sélection, un autre moyen plus global de vérifier la capacité compétitive d’un fonds interne consiste à vérifier la proportion de ses actifs détenue par des tiers. En effet, pour convaincre des professionnels exigeants d’investir, il faut non seulement faire preuve de résultats supérieurs, mais aussi proposer une approche originale soutenue par des ressources conséquentes et un processus discipliné. Si un fonds de placement passe au travers du crible de ces experts, on peut logiquement en déduire qu’il est intéressant. Par conséquent, si la proportion des encours détenus à l’extérieur dépasse 50%, on peut être raisonnablement confiant en la qualité du fonds. Si ces critères sont respectés, la déception classique du client qui découvre que son portefeuille contient essentiellement des fonds «maison» devrait être remplacée par un large sourire de satisfaction!

En guise de conclusion, il apparaît que d’opposer les produits externes aux fonds internes est un mauvais combat, car il existe de très bons gestionnaires dans les deux catégories. Plutôt qu’une position trop extrême, il semble préférable d’adopter une attitude plus nuancée. En fin de compte, c’est sans doute aux investisseurs, et non aux régulateurs, de trouver le bon équilibre et de définir la position qui leur convient le mieux.

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