CREATION D'EMPLOIS

En Norvège, le pétrole est aussi un gisement d'emplois pour les femmes

Les revenus du pétrole de la mer du Nord sont en partie injectés dans les services publics. De nombreux emplois sont créés, mais sous perfusion.

Les vastes nappes de pétrole et les immenses gisements de gaz de la mer du Nord sont les principales sources de l'économie norvégienne. Troisième exportateur net de produits pétroliers humides derrière l'Arabie saoudite et la Russie, la Norvège jouit ainsi d'une rente substantielle. Une fois ce capital géologique extrait et exporté, son produit est redistribué dans le tissu économique. Cette redistribution permet de subventionner une myriade d'emplois dans la santé, l'éducation, l'assistance aux personnes âgées et l'aide à domicile. Les revenus de l'industrie pétrolière bénéficient à l'ensemble de la population en général, et aux femmes, en particulier, qui sont nombreuses à être employées dans ces secteurs publics.

Pour s'assurer de la bonne distribution de cette manne, la compagnie «Statoil», dont le capital est entièrement détenu par l'Etat, a vu le jour en 1972. Depuis, les versements annuels au titre de dividendes s'élèvent en moyenne à 30% des bénéfices d'exploitation après impôt. Avec quelques soubresauts liés à la volatilité des prix du pétrole sur le marché mondial, les recettes publiques qui proviennent des activités pétrolières représentent 7% du Produit intérieur brut (PIB) en moyenne. Autant dire que l'injection d'argent dans l'économie est importante. Etroitement liés à ces recettes, les emplois de services de proximité proposés par l'Etat n'ont cessé de croître depuis cette date.

La preuve par les chiffres

Les canaux de distribution de cette manne peuvent être mis en lumière par de simples statistiques descriptives. Les emplois dans l'industrie extractive, 1% du volume total, produisent 15% du PIB norvégien. Pour une tranche de PIB équivalente, les services des administrations publiques absorbent 30% de l'emploi disponible. Nombreux sont donc les économistes qui se permettent cette comparaison: un ouvrier sur une plate-forme offshore produit autant de richesse que 30 employés du service public. Plus encore. Non seulement il produit cette richesse, mais en plus, par un mécanisme de redistribution subtile, il permet aux autres segments de l'économie d'en produire. Mais si du point de vue de la comptabilité nationale cette comparaison est juste, l'industrie pétrolière, contrairement aux services publics, est intensive en capital. Elle nécessite des investissements très lourds. Il est donc normal que la productivité y soit bien plus élevée, étant donné que la force de travail d'une main est décuplée par l'utilisation de grues et de machines, c'est-à-dire de capital technique.

L'ouvrier, pour reprendre cet exemple, ne «produit» pas de pétrole. Il capte une partie du patrimoine pétrographique. En se servant de la sorte dans les couches géologiques profondes, il ampute les générations futures d'une partie de leur héritage. En aucun cas on ne peut parler de «production», étant donné que c'est le capital géologique qui est entamé. Bien que la comparaison entre ces deux secteurs soit délicate, le rapport largement en faveur de l'industrie pétrolière permet néanmoins de montrer l'importance et le poids de cette industrie dans la création d'emplois en Norvège.

Faible taux de chômage et croissance du secteur public

Il convient de relativiser les performances du marché de l'emploi norvégien. Les bons résultats en terme d'emplois, avec un taux de chômage de près de 5%, sont étroitement liés à la croissance du secteur public. La demande, toujours croissante dans des domaines tels que la santé, l'éducation, l'assistance aux personnes âgées et l'aide à domicile, permet d'absorber une très grande partie de la population féminine. En facilitant un transfert des tâches ménagères de la société civile à l'Etat, les dépenses publiques stimulent ces performances. Cette croissance génère de l'emploi étant donné que ces prestations sont produites localement et que leur productivité est faible. En effet, ces types de production sont peu perméables à l'introduction de nouvelles technologies. La production de ce type de services publics absorbe ainsi une grande partie de la force de travail des femmes. Voilà comment une part des revenus du pétrole pompé en mer du Nord est injectée dans les services de proximité. De nombreux emplois sociaux et médicaux sont certes créés, mais il s'agit avant tout d'emplois sous perfusion.

Cet article est le troisième de notre série consacrée aux actions menées par certains pays face à la crise de l'emploi. Après l'Espagne, l'Allemagne et la Norvège, nous vous présenterons vendredi prochain le cas de la Finlande. (LT)

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