énergie

La Norvège veut démontrer qu’elle peut rendre son pétrole et son gaz inoffensifs

Une usine flambant neuve, près de Bergen en Norvège, teste des méthodes de captage du CO2

Des dizaines de kilomètres de conduites gris blanc entremêlées dans tous les sens, et deux tours dont la plus haute culmine à 65 mètres. A côté de ce monstre, usine pilote de 3000 tonnes d’acier parcourue de 236 kilomètres de câbles électriques, trônent le deuxième plus grand centre de raffinage de pétrole d’Europe et une centrale à gaz flambant neuve. Bienvenue sur le site industriel de Mongstad, non loin de la ville de Bergen en Norvège.

L’air est empli d’une petite odeur de soufre provenant de la raffinerie, et la torchère, à l’issue d’une visite de trois heures planifiée dans le cadre d’un voyage de presse organisé par la Banque Cantonale Vaudoise, crache soudain, durant quelques minutes, un long panache de fumée noire.

Et pourtant, ce site, qui transpire la pollution, fait la fierté de la Norvège. C’est à cet endroit qu’il devrait être prouvé que les émissions de CO2, notamment celles des centrales à gaz, pourront être traitées par un processus chimique de captage du gaz carbonique. Le CO2 sera ensuite stocké dans des cavernes étanches ou utilisé pour extraire, par pression, les derniers hectolitres d’un gisement de pétrole. La technique s’appelle CCS, pour «carbon capture and storage». Mais l’usine pilote de Mongstad (TCM) oublie le S, soit le stockage du gaz à effet de serre.

«Le CO2 sort par cette petite cheminée fine que vous voyez devant vous», explique Staffan Jönsson, l’un des responsables du site, employé par Alstom, partenaire technologique du projet. Seules sont testées les méthodes de séparation du CO2 des fumées, par deux procédés, le captage par des solvants à base d’amine, et un autre système reposant sur de l’ammoniac refroidi.

«L’objectif consiste à mettre au point une technologie qui contribue à améliorer le climat en contenant le réchauffement de la planète à 2 degrés d’ici à 2050. Un cinquième de la solution devra provenir du traitement et du captage du CO2 postcombustion», explique Vegar Stokset, porte-parole de TCM. Les entreprises d’Etat qui pilotent le projet, Gassnova et Statoil, ont contribué à la plus grande part de l’investissement de 1 milliard de francs. L’usine pilote a été inaugurée le 7 mai dernier, après plusieurs années de travaux sur un terrain rocheux qu’il a fallu longuement aplanir. «Un milliard de couronnes norvégiennes [ndlr: 169 millions de francs suisses], ont été nécessaires uniquement pour préparer le terrain», note Michael Koch, responsable pour Alstom de la validation de l’installation fonctionnant à l’ammoniac refroidi.

Le procédé est complexe en raison des fortes variations de température, de 5 à 150 degrés, qu’il nécessite. Les deux installations fonctionnent sur le même principe. Les gaz «d’échappement» de la centrale thermique ou de la raffinerie sont refroidis par un système d’échange de chaleur alimenté par de l’eau de mer. Ils sont envoyés dans une tour d’absorption de 65 mètres ou de 30 mètres de haut selon le processus. C’est là qu’un solvant, à base d’amine ou d’ammoniac, permet d’agréger le CO2. La solution est ensuite chauffée pour séparer le solvant des particules de CO2.

Ces techniques permettent de récupérer 85% du CO2 émis par les fumées d’une centrale thermique à gaz, dont le volume de CO2 est de 3,5%, alors que les émanations d’une raffinerie de pétrole, plus denses, en contiennent un volume de 13%. Les deux installations de Mongstad sont conçues pour pouvoir capturer quelque 100 000 tonnes de CO2 par an.

Si le système fonctionne, il devrait conduire à la construction de 3000 usines de ce type d’ici à 2050, pour atteindre l’objectif climatique fixé. Les industriels, comme Alstom ou Siemens, sont vivement intéressés par ce marché potentiel puisque la pression politique pourrait aboutir à la construction obligatoire d’une usine de captage de CO2 pour toute nouvelle centrale à gaz. C’est d’ailleurs suite à une vive opposition politique à l’entrée de la Norvège dans l’ère des centrales thermiques à gaz que le projet TCM est né. La concession d’exploitation de l’usine à gaz, destinée à alimenter la raffinerie en courant électrique avantageux, n’a été octroyée qu’à condition de construire une installation pilote de captage de CO2.

Mais le défi est sans doute davantage financier que technique. Le droit de polluer, soit la tonne de CO2 vendue sous forme de certificat à la bourse EEX de Leipzig, se monte à moins de 7 euros. Le coût de la tonne de CO2 traitée à grande échelle par une usine de captage se monte à près de 100 euros. «Notre principal problème est de parvenir à abaisser les coûts du processus, note Michael Koch. Aujourd’hui, le coût d’exploitation d’une usine de captage de CO2 équivaut à celui de production d’une centrale à gaz.»

L’usine pilote devrait être remplacée, dès 2016, par une installation fonctionnant à plein rendement, devisée à 4 milliards de francs. «Vous voyez, l’emplacement est déjà prévu, là-bas», montre Michael Koch. La Norvège, septième exportateur de pétrole et deuxième exportateur de gaz a bien compris son intérêt à «dépolluer» ses énergies fossiles pour mieux continuer à les exploiter.

Le captage du CO2 coûte aujourd’hui aussi cher que la production d’énergie

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