Société Générale a officiellement inauguré ses bureaux au 8 rue du Rhône ce mardi à Genève en présence du directeur général des activités de banque privée du groupe Jean-François Mazaud. Dans des locaux flambant neufs avec vue sur la rade d’un côté et vue sur la cathédrale de l’autre, il a reçu Le Temps en compagnie du directeur général de la banque privée en Suisse Yves Thieffry.

Le Temps: Que représente cette journée pour Société Générale?

Yves Thieffry: C’est un grand jour qui consacre la stratégie du groupe en Suisse. Nous avons rassemblé l’ensemble de nos équipes, à la fois de la banque privée mais aussi de la banque d’investissement, dans ce bâtiment de cinq étages dont un est tout spécialement dédié à la réception de la clientèle. Nous voulions offrir à nos clients des conditions d’accueil exceptionnelles, faire en sorte qu’ils se souviennent de leur passage chez nous. Nous voulions aussi pouvoir mettre à leur disposition à un même étage l’ensemble des services que peut offrir un groupe bancaire comme le nôtre. Le métier de banquier privé a certes ses propres solutions, mais il est d’autant plus fort quand il peut permettre des synergies avec les autres métiers et notamment ceux de la banque d’investissements.

Avant cela vous étiez répartis sur cinq sites différents à Genève…

YT: Oui, ce qui était relativement inefficace. Nous avons désormais de grands plateaux ouverts qui favorisent les synergies, la transparence, la communication et le travail en équipe. Ce déménagement démontre enfin l’attachement du groupe à la Suisse. Nous avons signé un bail de 10 ans avec 6000 m2 à disposition pour 400 personnes environ actuellement [ndlr, sur un total de plus de 750 collaborateurs du groupe en Suisse]. C’est large, certes, mais c’est volontaire car nous sommes délibérément en mode recrutement.

Jean-François Mazaud: Nous anticipons d’ailleurs une augmentation de 20% de nos forces commerciales sur les trois ou quatre prochaines années, et cela de manière purement organique. Cela étant dit, nous pouvons aussi envisager une croissance externe, mais de façon ciblée et disciplinée.

Quand avez-vous décidé de déménager?

YT: C’est une décision longuement réfléchie qui a nécessité un certain temps et plusieurs passages devant le Conseil d’administration de l’entité. Nous avons envisagé de nombreux scénarios, y compris celui de sortir de la ville. Finalement nous avons décidé d’investir dans l’une des adresses les plus prestigieuses de Genève, si ce n’est du monde. Nous pensons que nos clients mais aussi notre personnel méritaient cet effort.

Le bâtiment dans lequel vous avez emménagé a été acheté en janvier 2015 par SwissLife au prix record de 535 millions de francs. Quel est le montant de votre loyer?

JFM: Le loyer que nous payons est dans la norme genevoise. Passer de 5 emplacements à Genève il y a encore quelques mois à un seul aujourd’hui, nous permet de faire des économies.

Didier Valet, membre du comité exécutif du groupe au niveau mondial, s’était déjà dit «attentif aux opportunités» d’acquisitions l’été dernier. N’y a-t-il aucun actif de qualité sur le marché?

JFM: Bien sûr. On nous présente d’ailleurs un certain nombre de dossiers que nous analysons avec attention. Il faut toutefois qu’une telle d’opportunité corresponde à notre culture et à notre appétit en matière de risque. L’entité rachetée devra aussi nous offrir des perspectives de développement de synergies avec nos activités non seulement de banque privée mais également de banque d’investissement. Nous ne sommes pas pressés et le socle de notre stratégie demeure ancré sur un développement organique. Cependant, si des opportunités en adéquation avec nos attentes devaient se présenter, alors nous les saisirons avec toute la puissance de feu du groupe Société Générale.

Pourquoi Société Générale est-elle tant «attachée» à la Suisse?

JFM: Notre banque privée a engagé voilà quatre ans un recentrage de ses activités sur ses zones géographiques historiques, à savoir l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. Alors que nous avons notamment fait le choix de quitter l’Asie, il nous semblait évident de nous concentrer en priorité sur nos grands centres européens en termes de gestion de fortune, dont la Suisse et la Grande-Bretagne. D’autant plus que nous y sommes présents depuis très longtemps. Aujourd’hui, nous couvrons des clients de plus de 45 nationalités différentes depuis Genève et Zurich. A long terme, l’industrie de la banque privée va croître de 3% à 4% par an en Europe. Nous sommes convaincus que la Suisse, grâce à sa stabilité, à son cadre juridique, à sa réglementation et à la qualité de ses banquiers et de ses institutions, restera l’un des moteurs essentiels de cette industrie.

La banque privée en Suisse avait 20 milliards de francs sous gestion l’été dernier. Où en somme nous aujourd’hui?

JFM: Un petit peu moins de 20 milliards de francs au troisième trimestre 2015. Il faut dire que nous avons travaillé sur la qualité de notre fonds de commerce et ainsi facilité les connexions entre les différentes lignes de métier.

Vous vous êtes donc séparés de certains clients?

JFM: Oui. Nous avons pu nous séparer de certains clients pour des questions d’inadéquation avec nos géographies cibles mais aussi pour des raisons liées à notre volonté de travailler avec une clientèle totalement transparente, notamment sur le plan fiscal.

YT: 2015 a ainsi concrétisé le renouvellement de la base de notre clientèle ave l’entrée de nouveaux actifs à la fois à Zurich et à Genève.

Des entrées de quel ordre?

YT: Nos résultats seront publiés le 11 février; nous ne pouvons donc pas faire de communication financière sur la clôture de l’année 2015 à ce stade. Ce que je peux vous dire c’est que les sorties sont compensées par des entrées de nouveaux clients.

JFM: En termes de rendements sur actifs nous sommes même l’une des banques les plus rentables de la place. Ce qui concrétise notre capacité à générer des synergies.