Banque

Nouveau changement de cap pour Deutsche Bank

Après trois exercices déficitaires, la première banque d’Allemagne change une nouvelle fois de patron. Christian Sewing, un Allemand, pourrait réorienter la banque vers le tissu industriel national

C’est le troisième changement de direction en six ans pour Deutsche Bank… Surtout, pour la première fois depuis l’arrivée à sa tête du Suisse Josef Ackermann en 2002, la première banque d’Allemagne ne sera plus dirigée par un représentant de la banque d’investissement. Dimanche soir, le conseil de surveillance annonçait peu avant minuit avoir choisi Christian Sewing – un Allemand, pur produit de la maison – pour prendre la tête du directoire.

Christian Sewing, jusqu’ici à la tête de l’activité banque de détail, s’est imposé face à l’autre prince héritier du groupe, Marcus Schenck, qui était lui à la tête de la division banque d’investissement et qui va quitter le groupe à la fin du mois. Christian Sewing succède au Britannique John Cryan, en poste depuis trois ans, désavoué car ses tentatives de redressement ont été jugées trop lentes.

Le choix de Christian Sewing serait de nature à rassurer le monde économique et le gouvernement allemand qui espèrent voir le groupe suivre la tendance observée dans le monde bancaire depuis la crise de 2008, c’est-à-dire changer de cap et se concentrer de nouveau sur le financement du tissu industriel national plutôt que de garder les yeux tournés vers Wall Street.

De locomotive à boulet

Depuis les années 90, Deutsche Bank a massivement investi dans sa division banque d’investissement – qui compte 17 000 salariés – devenue sa première source de revenus mais qui peine néanmoins à gagner de l’argent depuis la crise de 2008. De locomotive du groupe, ce secteur est devenu son boulet. Deutsche Bank, qui vient d’essuyer trois exercices dans le rouge, a terminé 2017 sur une perte de 735 millions d’euros et a déjà annoncé s’attendre à de nouvelles difficultés au premier trimestre 2018. Depuis janvier, le cours du titre a perdu près de 30% de sa valeur en bourse. La presse allemande spécule régulièrement sur un possible plan de sauvetage du gouvernement allemand pour redresser l’ancien fleuron de la finance allemande.

Christian Sewing pourra-t-il redresser la barre? Les avis sont partagés. Le quotidien des affaires Handelsblatt considère Sewing comme un second couteau, à qui le conseil de surveillance aurait préféré un candidat externe. Pour le magazine Der Spiegel, le choix se serait porté sur Sewing en raison de sa popularité au sein de l’entreprise, de nature à faire passer les réformes impopulaires qu’il devra adopter, qui se traduiront notamment par une nouvelle réduction des effectifs.

Stratégie sur le long terme

«Je doute que Sewing puisse redresser la situation, car Deutsche Bank semble avoir un problème de fond», estime Markus Riesselmann, analyste de l’institut Independent Research cité par l’AFP.

«Ce dont Deutsche Bank a besoin, c’est d’une stratégie sur le long terme, affirme de son côté Thomas Hartmann-Wendels, spécialiste des questions bancaires à l’Université de Cologne dans une interview à la chaîne de radio allemande Deutsche Welle. Nous avons assisté au cours des dernières années à différents changements de stratégies, aucune n’a donné l’impulsion nécessaire.

Pour l’heure, on est dans la situation où aucun de ses secteurs d’activité n’a véritablement de succès, ni dans le secteur de la banque de détail ni dans la banque d’affaires. Le nom de Sewing semble indiquer que la banque de détail va être renforcée. Mais vu la concurrence des caisses d’épargne et des banques coopératives, ce ne sera pas facile. Le secteur banque d’investissement a rapporté beaucoup par le passé. Mais il a aussi laissé un lourd héritage. Je crois que Deutsche Bank aurait intérêt à réduire le volume de la banque d’investissement pour se concentrer sur ses clients privés et les entreprises.»

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