Cette nuit en Asie

Le nouveau coup de frein chinois

L’indice PMI provisoire des directeurs d’achats sur le mois de mars ressort à son plus bas niveau depuis onze mois. Le Japon se méfie de la Banque chinoise de développement. Pékin fait une demande au FMI

L’activité manufacturière chinoise s’est fortement contractée en mars, effaçant le rebond de février sous l’effet d’une demande morose, selon un indice préliminaire publié mardi par la banque HSBC, suggérant un assombrissement persistant de la conjoncture dans la deuxième économie mondiale. L’indice PMI des directeurs d’achats calculé par HSBC – encore provisoire, le mois de mars n’étant pas achevé – s’est établi à 49,2, contre 50,7 en février. C’est son plus bas niveau depuis onze mois. Un chiffre supérieur à 50 marque une expansion de l’activité manufacturière, tandis qu’un indice inférieur à ce seuil signale une contraction.

La Chine a vu la croissance de son PIB ralentir fortement en 2014, glissant à 7,4%, un niveau plus vu depuis près d’un quart de siècle, et reste minée par de lourdes surcapacités industrielles. Face aux difficultés persistantes du secteur manufacturier, Pékin devrait poursuivre les assouplissements de sa politique monétaire et accroître ses dépenses publiques. La Banque centrale chinoise (PBOC) avait déjà diminué en février ses taux d’intérêt – pour la seconde fois depuis novembre –, mais la mesure peine à faire effet.

Le Japon se méfie de la Banque chinoise de développement

Par la voix de son ministre des Finances, le Japon affiche une attitude réservée vis-à-vis de la nouvelle banque chinoise d’investissement dans les infrastructures (AIIB), tout en jugeant qu’une forme de coopération serait souhaitable, sous conditions. «Notre position quant à une éventuelle participation est celle de l’extrême prudence», a déclaré Taro Aso à la presse au sortir d’un conseil des ministres. Il avait déjà indiqué précédemment espérer une grande transparence dans la gestion de cette banque. «Nous devons nous assurer que ce que nous avons dit jusqu’à présent soit bien garanti», a-t-il ajouté.

«Tout le monde reconnaît que les fonds ne suffisent pas pour les infrastructures. Le plus souhaitable serait donc que les deux côtés travaillent ensemble pour le développement de l’Asie et de ses infrastructures, mais si les règles (encadrant les deux banques) sont totalement différentes, cela n’adviendra pas», a ajouté Taro Aso. Cette position suit une déclaration plus modérée de Washington précédemment rétif à la création de l’AIIB. Jusqu’à présent, le gouvernement américain a davantage fait entendre ses réserves sur cette nouvelle institution qui pourrait concurrencer non seulement la Banque asiatique de développement mais aussi la Banque mondiale, toutes deux soumises à une forte influence des Etats-Unis. L’administration Obama avait également vu d’un mauvais œil le ralliement de plusieurs poids lourds européens (Royaume-Uni, France, Allemagne…) à cette banque visant à financer des travaux d’infrastructures en Asie avec un capital initial de 50 milliards de dollars.

Pékin fait une demande au FMI

Le premier ministre chinois Li Keqiang a demandé au Fonds monétaire international d’inclure le yuan dans son panier de devises servant à calculer les Droits de tirage spéciaux (DTS), un outil pour les réserves de change. Actif de réserve international, la valeur du Droit de tirage spécial est déterminée par rapport à un panier de monnaies. Celui-ci comprend actuellement le dollar, l’euro, la livre et le yen. «La Chine va accélérer la convertibilité de base du yuan […] et faciliter les investissements institutionnels étrangers sur le marché financier chinois», a déclaré le premier ministre chinois à la directrice générale du FMI, Christine Lagarde.

La Chine, a ajouté Li Keqiang, espère, via les DTS, jouer un rôle actif dans le maintien de la stabilité financière et souhaite promouvoir la poursuite de l’ouverture du secteur financier chinois. Christine Lagarde a indiqué vendredi que le yuan figurerait à terme dans le panier des DTS. Le FMI doit procéder cette année à une révision du panier des DTS. Une première réunion doit avoir lieu en mai à ce sujet, avant la revue officielle à l’automne.

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