Mercredi dernier, le titre de General Motors (GM) a plongé de 15%. La firme a rabaisséses attentes pour l'exercice 2005. Des pertes vont sanctionner l'activité au 1er trimestre, et les perspectives ne sont guère encourageantes pour le reste de l'année.

Vous vous en doutiez. Lors du dernier Salon de l'auto de Genève, les modèles proposés par Toyota et Hyundai vous ont davantage impressionné que ceux de GM. Bref, les Chevrolet, Opel, Saab et autres Pontiac n'ont plus la cote.

En investisseur averti, vous vouliez en profiter, établir une position à la baisse. Comment faire pour «shorter» le titre GM? Jusqu'à aujourd'hui, seules les options le permettaient en Suisse. Mais voilà, ces produits sont complexes. De nombreux paramètres influencent son prix (volatilité, valeur temps, prix d'exercice, etc.). Un véritable casse-tête.

Une solution alternative existe aujourd'hui. Elle débarque de Grande-Bretagne et s'appelle CFD («contracts for difference»). Des produits censés faciliter la tâche des boursicoteurs. La banque Synthesis les offre sur sa plateforme de négoce en ligne. L'établissement genevois fait œuvre de pionnier en la matière. Peu d'établissements les proposent en Suisse.

Kesako? Les CFD permettent la prise de paris à la hausse comme à la baisse sur une action. Ces produits répliquent les mouvements de la valeur sous-jacente. «Ils offrent la possibilité de se positionner sur les titres de la majorité des indices, tels le SMI, le DAX allemand ou le S & P 500 américain», précise Sybille Spaeth, responsable de la gestion d'actifs chez Synthesis. Un puissant effet de levier leur est associé. Pour simplifier, l'investisseur peut spéculer jusqu'à 100 francs avec une mise initiale de 10 francs.

L'outil est très spéculatif. «Il s'adresse plutôt à des clients qui ont une vision à court terme, relève Sybille Spaeth. Pour se placer durablement sur un titre, mieux vaut l'acheter directement.» Ces contrats sont traités hors Bourses, de gré à gré («over the counter») entre les acteurs, et n'ont pas d'échéance. Contrairement aux actions, les CFD n'offrent pas de droit de vote. Il s'agit de produits purement financiers, sans livraison de titres.

Cela étant, ils ne s'adressent pas uniquement aux spéculateurs purs. Les institutionnels, par exemple les fonds de pension, sont susceptibles de les utiliser. «Les CFD ont été créés en Angleterre à leur intention, notamment pour échapper à la taxe boursière prélevée sur les opérations en actions», explique Charles-Henri Sabet, directeur exécutif de Synthesis. En Suisse, les caisses de pension pourraient les utiliser pour couvrir les portefeuilles. «Une protection bon marché lorsque les Bourses deviennent difficiles», précise-t-il. Traditionnellement, les institutionnels vendent des contrats à terme («futures») sur les indices pour se couvrir par gros temps.

Les frais engendrés par les CFD restent limités. Selon les établissements, une commission allant de 0,1 à 0,25% est prélevée au moment où les ordres sont déclenchés. Le financement de l'effet de levier a aussi un coût, mais uniquement pour les positions haussières. L'achat «à crédit» doit être financé. «Le client paie le prix du Libor [ndlr: taux interbancaire] plus 3% de commission, explique Sybille Spaeth. Cela représente environ 10 francs par jour pour une position de 100 000 francs sur Nestlé.»

Dans le cas de General Motors, l'investisseur disposant de 10 000 dollars peut vendre 100 000 dollars de CFD (effet de levier de 10). Un rapide calcul montre le potentiel de cette stratégie. Le cours de GM se traitait à 34 dollars avant la chute de mercredi dernier. Pessimiste sur la société, il lui était dès lors possible de «shorter» 2940 CFD (100 000 divisé par 34). Mettons que le boursicoteur les ait rachetés en fin de séance à 29 dollars. Il a encaissé une somme de 14 700 dollars (34 – 29 x 2940), soit davantage que les 10 000 dollars dont il disposait initialement. Un gain total de 147%!

«Stop loss» conseillés

A contrario, l'investisseur aurait pu établir une position à la hausse. Un pari sur le redressement des ventes d'Opel ou de Chevrolet. Mais il s'en serait mordu les doigts. La violence du mouvement, mercredi dernier, lui aurait fait perdre passablement d'argent.

Bien entendu, les dégâts auraient pu être limités avec la mise en place d'une limite à la baisse. Un ordre de vente automatique en cas de pépin. «On recommande vivement à nos clients de placer des stop loss», confie à ce propos Sybille Spaeth. N'empêche, ces produits restent avant tout réservés aux familiers des marchés financiers.