Investir dans des entreprises chinoises? Cela devient plus aisé. Et si les faiblesses manifestes de son secteur financier pourraient mettre en danger la vigoureuse croissance de l'Empire du Milieu, une récente étude de Standard & Poors (S & P) aboutit à la conclusion que ce risque est relativement faible. ABN Amro semble partager ce point de vue, puisque la banque néerlandaise va lancer, le 21 courant, un produit à capital garanti à 100%, les «China Opportunities Protected Notes», corbeille d'actions d'entreprises chinoises.

Le potentiel de la Chine fascine, et sa croissance toujours soutenue témoigne à la fois de son dynamisme interne et de son pouvoir d'attraction pour les investisseurs directs étrangers. Cependant, ses banques ploient sous les «dettes pourries»: Standard & Poors estime qu'une «bonne moitié du volume total des crédits des banques d'Etat» consiste en prêts non performants (non-performing loans ou NPL). Malgré cela, ses experts estiment que le danger d'un effondrement «à la nippone» est très faible. Ils jugent fort intelligente la politique économique de Pékin, notent que les réserves d'épargne mobilisables sont immenses et soulignent que la mise en place progressive de nouvelles structures solides inspire confiance.

Une autorité de surveillance des banques a été établie. Des NPL pour un montant de 1400 milliards de yuans (233 milliards de francs suisses) ont été transférés à quatre sociétés financières créées à cet effet. D'autres mesures visent à améliorer l'efficacité des banques. Il s'agit, d'une part, de diversifier leurs activités, notamment dans le secteur hypothécaire et le crédit à la consommation. D'autre part, elles sont progressivement exposées à la concurrence des banques étrangères, dont un nombre croissant est autorisé à exercer des activités de plus en plus diversifiées. La devise (renminbi) n'étant pas pleinement convertible, ces banques possédant une licence d'intermédiaire qualifié (QFII) ont pu ouvrir des comptes en renminbi pour traiter sur place.

Les Bourses, elles aussi, sont en voie d'être réformées. L'un des aspects de leur remodelage est leur ouverture, par octroi d'une licence spéciale, à certains de ces «investisseurs institutionnels qualifiés» étrangers. C'est UBS qui a placé les tout premiers ordres «occidentaux» à la Bourse de Shanghai, le 9 juillet. D'autres banques ont entre-temps reçu l'autorisation d'investir et de négocier en Bourse et la Chine compte «bénéficier de leur expertise».

D'autre part, le Ministère du commerce extérieur vient de faire savoir que des entreprises étrangères seraient bientôt autorisées à être cotées aux Bourses de Shanghai et de Shenzhen. Elles pourront y émettre des actions en yuans comme en devises. Dans une première phase, cette autorisation ne sera probablement donnée qu'à des sociétés ayant des intérêts en Chine. Des entreprises telles qu'Unilever, Procter & Gamble et Philips, ainsi que certaines sociétés taïwanaises ont déjà manifesté leur intention d'être cotées en Chine, où l'épargne privée totale en banque représente 845 milliards de dollars (dont 80 milliards de dollars en devises).

C'est dans ce contexte d'ouverture et en misant sur la poursuite de la croissance qu'ABN Amro va lancer (sous le numéro de valeur 1619638) un fonds de placement sur sept ans appelé «China Opportunities Protected Notes». Il s'agit d'une corbeille d'actions d'entreprises chinoises et le produit est disponible en parcelles de 1000 dollars. Le capital est entièrement protégé, ce qui signifie que l'investisseur reverra en tout cas son argent investi au bout de sept ans (moins une charge de 0,5% et d'éventuels émoluments pour l'intermédiaire). La corbeille est composée de placements passifs et actifs. 50% du capital sont investis dans l'indice Hang Seng Mainland 25, qui comprend les 25 principales sociétés chinoises cotées à Hongkong. Les autres 50% sont placés pour moitié dans deux fonds et pour moitié dans un certificat activement géré.

Pour l'heure, la réglementation boursière distingue encore trois catégories d'actions. Celles dites «domestiques», ou actions A, sont réservées aux investisseurs chinois. Celles «ouvertes aux étrangers» sont qualifiées d'actions B lorsqu'elles concernent des sociétés cotées à Shanghai et/ou Shenzhen, et d'actions H lorsqu'elles sont cotées à Hongkong. Le fond d'ABN Amro ne comprend que des actions H et des Red Chips, soit des titres de sociétés filles d'entreprises chinoises, établies et également cotées à Hongkong.