Et si les transactions financières via le téléphone mobile n'allaient finalement jamais percer? Cette question provocante, plusieurs experts viennent de se la poser à l'annonce de deux nouvelles plutôt décourageantes. Coup sur coup, deux banques anglaises, Halifax et Abbey National, ont annoncé la fin de leurs services financiers via le WAP sur téléphone mobile. Comme sa concurrente, Halifax déplorait un nombre d'utilisateurs bien trop faible pour que son service – qui permettait d'accéder à son compte et de localiser l'agence et le bancomat le plus proche – soit viable. Les principales banques suisses admettent un intérêt limité de la clientèle pour les services mobiles. Ce qui ne les empêche pas de participer au développement d'un nouveau portable intégrant une puce entièrement dédiée aux transactions financières.

«Quelques fractions d'un pour-cent»: c'est la proportion des 1,5 million de clients actifs sur Internet de Halifax et de la Banque d'Ecosse qui utilisaient l'option WAP, selon Halifax. Pas de quoi s'enthousiasmer, d'autant qu'une récente étude du cabinet IDC indiquait que d'ici à fin 2007, moins de 5% de la population d'Europe occidentale utiliserait son portable pour des opérations bancaires. Pour IDC, la bonne application qui permette d'atteindre une masse critique suffisante pour la profitabilité n'a pas encore émergé.

Présents très tôt sur le marché des applications pour téléphones mobiles, Credit Suisse et UBS reconnaissent sans difficulté qu'il s'agit surtout d'un service qui complète leur offre. Un produit annexe, mais très complet, et qui s'adresse tant aux utilisateurs de téléphones mobiles que d'assistants personnels. UBS offre le cours des actions, obligations, dérivés, métaux précieux, les taux de change, ou encore les nouvelles AFX. Il est aussi possible de consulter l'état de son compte, de réaliser des opérations boursières ou d'effectuer des transferts de compte à compte. «Une petite partie de nos 340 000 clients e-banking utilisent les services mobiles, reconnaît Serge Steiner, porte-parole d'UBS. Notre objectif est surtout d'avoir une palette de prestations la plus large possible.» Idem au Credit Suisse, où Ruth Stadelman, porte-parole, affirme que le «mobile banking» n'est «pas prioritaire». La banque offre des services identiques à ceux d'UBS, les transactions en moins, «autant pour des raisons techniques que de sécurité». Credit Suisse ne revendique que 1500 à 2000 visiteurs de son site WAP par mois. Des chiffres modestes, dus en grande partie au peu de facilité d'utilisation des sites et à la lenteur des connexions, malgré l'introduction du GPRS. L'envoi des SMS est en général gratuit, alors que l'affichage d'une page WAP coûte quelques centimes.

Internet avant tout

Les sites spécialisés dans les transactions en ligne se sont aussi lancés sur ce créneau. Swissquote permet de réaliser toutes les opérations usuelles via le WAP de son téléphone, hormis la vente ou l'achat de titres. «Lorsque le client appuie sur le bouton «trade», il appelle notre call-center. Nos clients préfèrent vendre ou acheter via notre site», explique Marc Bürki, directeur de Swissquote. La société envoie plusieurs milliers de SMS d'alerte chaque mois, plusieurs milliers de pages WAP étant vues dans le même temps. «Ces chiffres sont modestes. Selon la demande, nous développerons des services d'analyse technique pour mobiles, et rendrons notre site plus facilement accessible pour des assistants personnels», poursuit Marc Bürki. Comme UBS et Credit Suisse, Swissquote ne prévoit à moyen terme aucune application liée au MMS.

Puce bancaire dans le portable

A part Orange, les opérateurs sont peu impliqués eux-mêmes dans la fourniture de services financiers. Seul opérateur à proposer le SPV, un téléphone intégrant Windows, Orange offre, à ses utilisateurs uniquement, un portail financier créé par Credit Suisse, qu'il est possible de paramétrer. Le SPV permet également de suivre l'évolution de fonds de placement, ainsi que celle des indices.

Les transactions via téléphones mobiles pourraient décoller avec les progrès réalisés par Mobey Forum, un consortium européen réunissant tant des fabricants de portables (SonyEricsson, Nokia,…) que des banques (HSBC, UBS ou encore Credit Suisse). Leur objectif est de développer des téléphones intégrant deux puces: une carte SIM classique appartenant à un opérateur téléphonique, et une seconde appartenant à une banque. Objectif: mieux sécuriser les transactions, mais aussi offrir davantage de possibilités dans les transactions boursières et les micropaiements. Le Japon est dans ce domaine particulièrement à la pointe, l'opérateur NTT DoCoMo testant le paiement par carte de crédit via infrarouge. Il suffit d'approcher le téléphone d'un distributeur automatique pour acheter l'objet, directement débité de son compte en banque. Ce type d'applications futuristes ne devrait pas être lancé en Europe avant trois à quatre ans.