Internet

Le nouveau Firefox peut-il faire trembler Chrome?

Mozilla a lancé une ambitieuse mise à jour de son explorateur internet avec l’espoir de rattraper son retard sur Google, numéro un sur le marché

Mercredi soir, les téléspectateurs américains de Mr. Robot, sur la chaîne USA, ont eu droit à un spot publicitaire pour la nouvelle version de Firefox, disponible depuis la veille. Cette série anticapitaliste centrée sur un pirate informatique de haute volée attire un public de geeks à qui Mozilla a voulu rappeler la qualité principale de la dernière mise à jour de son navigateur: la vitesse.

«Fast for good», prévient le spot avec un slogan à double sens. «Rapide pour de bon» parce que ce Firefox 57 est présenté comme deux fois plus véloce que son prédécesseur. Mais aussi «rapide pour le bien». Mozilla, organisation à but non lucratif, milite pour un Internet ouvert, «pour les gens plutôt que pour le profit». En somme, l’anti-Google, chouchou de Wall Street et père de Chrome.

David contre Goliath

«Ce que nous avons montré, c’est qu’il n’y a pas besoin d’être l’un des cinq – Apple, Google, Amazon, Microsoft et Facebook – pour concevoir des logiciels, explique Mark Mayo, vice-président de Mozilla. Tout le monde aime l’idée de David contre Goliath, du petit face au grand.»

Signe que cette mise à jour a quelque chose de spécial, Mozilla lui a donné un nom, Quantum, alors que les Firefox ne sont que numérotés d’habitude. Cette nouvelle version va incontestablement très vite. Aussi vite que son rival Chrome. L’utilisateur lambda remarquera à l’œil nu la fluidité de la navigation.

De longs mois de recherche

Quantum est le résultat de longs mois de recherche et de la collaboration de 700 codeurs à travers le monde, aime rappeler Mozilla. Il s’agit même de son remaniement le plus ambitieux depuis treize ans. C’est-à-dire depuis Firefox 1.0 en 2004.

A l’époque, Mozilla avait bousculé la domination de Microsoft et de son Internet Explorer, allant jusqu’à équiper un ordinateur sur quatre. Et puis en 2008, Google a lancé Chrome, devenu la référence. Selon StatCounter, le navigateur de la firme de Mountain View serait aujourd’hui utilisé par 63% des ordinateurs de la planète (15% pour Firefox), 54% toute plateforme confondue.

Moins de puissance requise

Autre argument pour reconquérir le public, Quantum nécessiterait 30% de puissance de moins que ses concurrents. Une performance rendue possible par la fin de l’exploitation historique d’un seul cœur de processeur. Les ingénieurs ont reconstruit le moteur de rendu, exploitant au mieux les ressources des ordinateurs actuels.

Le moteur a changé, la carrosserie aussi. Le projet Photon a pour objectif de rafraîchir le design de tous les produits Mozilla. Mission accomplie sur Quantum avec une page d’accueil au look plus épuré et plus élégant, aux couleurs plus vives que celles des versions précédentes. Les onglets sont redevenus rectangulaires après une période de bords arrondis qui n’ont jamais convaincu.

Pocket, acquise en février, permet de sauvegarder des pages à lire ou des vidéos à regarder. Trois stories apparaissent automatiquement sur la page d’accueil, choisies parmi les millions de liens sauvegardés par les autres utilisateurs. «Elles donnent une idée assez juste de ce qui est à lire et ce qui est à voir sur le Web», assure-t-on chez Mozilla.

Capture d’écran facilitée

Fonctionnalité pratique, un simple clic sur une icône en forme de ciseau en haut de l’écran permet de sélectionner tout ou partie d’une page internet pour en faire une capture d’écran et la partager si nécessaire. L’incompatibilité de nombreuses extensions web risque par contre de frustrer certains utilisateurs. Elle n’a rien de définitif, juste le temps que ces extensions s’adaptent à la nouvelle architecture Firefox.

«Avec la domination de Google sur Android, de Safari sur iOS, d’Explorer et Chrome sur PC, il n’y a pas de place pour un autre navigateur», estime l’analyste Jack Gold, cité par Computerworld.com, «C’est un effort vain», ajoute-t-il. A défaut de ringardiser Chrome ou de devenir incontournable sur mobile (sa faiblesse historique), Quantum a de quoi séduire une partie de ceux qui avaient abandonné Mozilla. Prochaine étape de la renaissance: Firefox 59 en mars.

Publicité