«En regroupant nos forces nous pensons économiser plusieurs dizaines de millions de francs en dix ans.» Jacques Rossat, directeur général d'Electricité neuchâteloise SA (ENSA), est enthousiaste à l'idée de voir la société qu'il dirige fusionner avec les Entreprises électriques fribourgeoises (EEF).

Libéralisation du marché de l'électricité oblige, l'annonce de la fusion, échelonnée jusqu'à 2006, de deux entreprises électriques romandes n'étonne guère. C'est pourtant la première fois, en Suisse, que deux sociétés, dont l'actionnariat est en mains publiques, décident de fusionner. «On a la chance de réaliser cette opération à froid, sans la précipitation qu'occasionnerait une situation de crise», souligne le directeur de la société neuchâteloise.

Le processus, qui doit être formellement approuvé par les actionnaires d'ENSA avant le 30 avril, se déroulera en trois étapes. D'ici à fin juin 2001, les EEF augmenteront leur participation au capital d'ENSA de 2,8 à 12,8%. Une direction unique sera instaurée, de même qu'une société regroupant les activités commerciales des deux entreprises, dont les services seront offerts aux principales villes neuchâteloises. La deuxième étape, à l'horizon 2002, verra les EEF devenir majoritaires, à 51%, dans le capital d'ENSA. La fusion totale, par la création d'une structure holding, interviendra en 2006.

Dans ces conditions, on peut parler de l'absorption d'ENSA (192 collaborateurs, chiffre d'affaires de 144,5 millions de francs) par EEF (846 collaborateurs, chiffre d'affaires de 320 millions). Philippe Virdis, directeur d'EEF, conteste ce terme et préfère parler de «processus consensuel». «On va construire quelque chose ensemble», ajoute Jacques Rossat, en s'accrochant à des mesures correctives, comme une minorité de blocage garantie à ENSA.

Romande énergie devancée

Cette fusion place la nouvelle société, forte d'une production annuelle d'un milliard de kWh et d'une force de distribution de plus de 2,5 milliards de kWh, dans une position de leader sur le marché romand de l'électricité, devant Romande énergie. Le processus de regroupement n'est peut-être pas terminé. «Nous souhaitons que d'autres nous rejoignent», note Philippe Virdis. Les synergies dues à la fusion permettront également d'offrir à la clientèle industrielle des solutions dans le domaine de l'approvisionnement en gaz, un marché promis à une prochaine libéralisation.

Reste un obstacle politique: l'aboutissement du référendum socialiste contre la transformation des EEF en société anonyme, qui soumettra indirectement ce processus de fusion au verdict populaire.