Fréquemment qualifiés de «nettoyeurs de marchés», les hedge funds devraient s'orienter vers une stratégie de placement demeurée encore secondaire. Cette stratégie porte le nom de «distressed», car elle vise les sociétés «en détresse», celles qui connaissent des problèmes d'une gravité telle que tous les investisseurs classiques s'en détournent. Relativement secondaire aujourd'hui, cette stratégie se profile comme le nouveau pari des investisseurs alternatifs.

«Alors que les hedge funds en général tendent à produire des rendements de moins en moins intéressants, les stratégies «détresse» présentent un profil de risque relativement faible par rapport à un rendement élevé», affirme Gregory Knott, coresponsable de l'investissement chez Pioneer Investments à Londres.

Le vecteur de croissance de cette stratégie se situe dans la multiplication des émissions d'obligations à haut risque ces trois dernières années. Depuis 2003, calcule le gérant, le taux annuel de progression de nouvelles émissions notées «B» (autrement dit, impropres à un investissement sûr) et en dessous se situe entre 17,4% et 21,6%. Un tel taux dépasse celui de 1998, dernière année record.

Cette multiplication des obligations à haut risque présage, selon Knott, une multiplication des annonces de défaut. «Dans les quatre ans qui suivent une émission à haut risque, le nombre de défaut s'élève à 16% pour les titres notés «B» et même 37% pour les titres notés «CCC».

98 milliards investis

De tels titres sont précisément ceux sur lesquels se ruent les gérants des stratégies «distressed». Ce sont eux qui se présentent aux acheteurs pressés de se défaire de titres de sociétés ayant déposé leur bilan. Ce sont eux aussi qui les conservent, en attendant que la société émettrice ait remis ses affaires en ordre à l'abri du chapitre XI de la loi américaine sur les faillites.

Responsable d'un fonds de fonds investi dans 5,5 milliards de dollars, Gregory Knott a calculé que les stratégies «détresse» produisent un rendement annualisé de 13,8% pour une volatilité de 3,6% en moyenne depuis 1996. Pour la période entre 2000 et 2005, le taux de risque moyen se montait à 4,8% environ, soit un taux d'exposition moyen.

Les indices de référence CS/Tremont et HFR confirment partiellement l'orientation favorable de ces stratégies. Le premier attribue une performance de 9% depuis le début de l'année alors que l'indice global affiche 7,6% à la fin septembre. Le second est un peu plus sévère, avec une performance de 5,1% depuis le début de l'année alors que l'indice global est de 5,3%.

Ces performances n'ont pas freiné la croissance moyenne de ces fonds. A la fin 2005, leur fortune atteignait 98 milliards de dollars, près du double du niveau de la fin 2003. Cela représente à peu près 6,5% de la fortune totale investie dans les hedge funds, selon le site web HFN.