Les interrogations qui se posent sur les perspectives du groupe ABB sont clairement reflétées par l'évolution du titre. Ce dernier essuie en effet un recul de 20% depuis six mois (voir graphique ci-contre). Aussi les résultats du groupe industriel pour l'exercice 2000 sont-ils attendus avec d'autant plus d'intérêt mardi qu'ils doivent être présentés pour la première fois par Jörgen Centerman (48 ans), le nouveau patron (président du directoire et du conseil d'administration), entré en fonction début janvier.

En charge auparavant de la division Automation – le métier le plus rentable et pôle de croissance d'ABB –, Jörgen Centerman avait accepté de prendre la succession de Göran Lindahl pour ainsi dire au pied levé.

A peine en place, il a d'emblée voulu marquer le groupe de son empreinte, en annonçant, le 11 janvier déjà, une réorganisation surprise et en profondeur de celui-ci. Tirant ainsi un trait hardi sur la structure mise en place depuis 1998 par son prédécesseur.

Un changement qui doit permettre à ABB de mieux damer le pion à la concurrence (General Electric, Siemens), en se rapprochant davantage de la clientèle, mais qui avait été accueilli avec perplexité par les analystes et les investisseurs.

Si la faible augmentation des ventes au cours du troisième trimestre 2000 laisse craindre un tassement des affaires lors des trois derniers mois de l'année, la forte progression des entrées de commandes tend au contraire à hisser la barre des attentes vers le haut. Ces résultats sont d'autant plus attendus que Jörgen Centerman était resté muet le 11 janvier sur les objectifs de croissance et de rentabilité, laissant même poindre la déception en indiquant qu'il voyait des «marchés stagnants» pour 2001, alors que le ralentissement paraissait déjà anticipé par le cours de l'action. Selon la moyenne des attentes d'analystes répertoriées par l'agence Bloomberg, le groupe ABB devait annoncer pour l'exercice 2000 un bénéfice net en hausse de 11% à 1,79 milliard de dollars. Un chiffre qui correspond à une progression de 6,7% à 540 millions pour le quatrième trimestre.

Une chose est sûre: qu'on la considère comme une révolution ou un simple changement cosmétique, la réorganisation se fera au détriment de la transparence. Elle aura en effet pour conséquence, à l'avenir, de brouiller quelque peu les pistes pour la comparaison des résultats.

De plus, l'élargissement de 7 à 11 membres de la direction générale ne contribue pas à réduire l'apparence de conglomérat que donne parfois le géant mondial de l'électrotechnique et de l'ingénierie. Même si ce remaniement de la direction renforce le caractère international de celle-ci… et la position de jörgen Centerman en son sein. Autre nouveauté mardi: les résultats du groupe ABB seront présentés pour la première fois selon les principes comptables US GAAP en vigueur en Amérique, mais encore selon l'ancienne structure du groupe. Enfin, la cotation des actions ABB aux Etats-Unis est maintenant attendue par les analystes pour le premier semestre. Une opération qui doit surtout faciliter les acquisitions.

La future structure du groupe ABB (lire Le Temps du 12 janvier) s'articule donc autour de la création de quatre segments de clientèle: «services publics» (électricité, gaz, eau), «processus industriels» (cellulose, papier métallurgie), «industries manufacturières et biens de consommation» (automobile, télécommunications, bâtiment) et, enfin, «pétrole, gaz et pétrochimie». Ces quatre divisions seront appelées à travailler en étroite collaboration avec les deux divisions «produits énergie» et «produits automation», ainsi qu'avec celle des «services financiers».

Nouvelles technologies

Dans le sillage de la transformation opérée ces dernières années de l'industrie lourde vers l'automation, le groupe ABB mise ainsi de plus en plus sur les nouvelles technologies et sur l'ère du numérique. ABB veut en effet fournir à ses clients des systèmes toujours plus intelligents, à la faveur notamment de l'évolution marquée vers les services. Ce qui est d'autant plus aisé qu'«Internet permet de tourner le dos au marketing de masse» et rend plus propice le dialogue avec la clientèle ainsi que des services personnalisés à grande échelle, expliquait Jörgen Centerman il y a un mois.

Pour accélérer le développement de nouvelles activités porteuses, le groupe a lancé en même temps la nouvelle division New Ventures en guise d'incubateur. Les neuf premiers mois de l'exercice 2000 étaient ressortis dans le bas de la fourchette des attentes, pénalisés en particulier par un fort effet monétaire négatif au troisième trimestre, ainsi que par les coûts occasionnés par plusieurs projets logiciels et e-business.