Il suffit d'observer la réaction de l'action SAirGroup vendredi pour se rendre compte du soulagement provoqué par la nomination de Mario Corti en tant que nouveau patron de SAirGroup. La nomination d'un responsable opérationnel aux compétences financières reconnues devrait en effet permettre au groupe aérien d'établir une relation de confiance avec les banques. Car ces dernières vont jouer un rôle clé dans les prochaines semaines puisqu'elles ont un intérêt manifeste à récupérer leurs créances. Si les estimations sur l'étendue des pertes du groupe sont évaluées par les différents observateurs jusqu'à un montant d'environ 5 milliards de francs, le chiffre le plus souvent articulé tourne autour de 2,5 milliards.

Or, sur les quelque 10 milliards de dollars de dettes de SAir Group, les dettes à court terme s'élèveraient à environ 3 milliards de francs, selon la dernière édition de l'hebdomadaire alémanique Cash. Un emprunt de quelque 1,5 milliard de francs devrait ainsi arriver à échéance le 17 septembre prochain, suivi de 600 autres millions une année plus tard. Comme ces emprunts se négocieraient à un taux élevé de 12%, il s'agirait là d'un signal que le marché tient un remboursement intégral pour peu probable et que ces emprunts seraient perçus comme des junk bonds (obligations pourries). Ce qui ne laisserait d'autre choix aux banques que de refinancer ces crédits. Sans pouvoir démentir ces faits, Gabriela Baumgartner, en charge chez SAirGroup des relations avec les investisseurs, se contente de préciser l'échéance de deux emprunts: un de 100 millions cette année et un autre de 150 millions en 2002. Dans la perspective évoquée par Cash, compte tenu des besoins énormes de recapitalisation, le désinvestissement de certaines activités clés du groupe ne serait pas une solution viable à court terme. Ce qui ne laisserait d'autre choix aux banques concernées que de débloquer 5 milliards de francs ou de laisser le groupe aérien tomber en faillite.

Scénario du type «Asuag»

La lutte serait même déjà bien engagée entre les établissements bancaires pour la répartition des rôles. Même si Lukas Mühlemann, le patron du CS Group, a clairement souligné qu'il n'était pas le représentant de sa banque au conseil d'administration de SAirGroup. L'assainissement pourrait alors être déployé par les banques selon un scénario du type «Asuag». Autrement dit sur le modèle de celui mis au point par le monde bancaire au début des années 80 pour sauver l'industrie horlogère. Avec l'aide d'un consultant nommé Nicolas Hayek.

Ce qui amènerait les banques à convertir leurs créances en actions. Dans cette perspective d'assainissement – toujours selon Cash –, le CS Group et la Banque Cantonale de Zurich auraient cessé depuis peu de soutenir le cours de l'action SAirGroup sur la base du raisonnement suivant: plus le cours est bas, plus il y aura de titres pour un même montant. Et le paquet pourra ainsi être revendu d'autant plus cher une fois l'assainissement opéré. La nomination de Mario Corti n'en a pas moins fait regagner 8% à l'action SAirGroup

vendredi.