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Nouveau patron du Medef, Pierre Gattaz fait la promotion des PME

Laurence Parisot a cédé sa place au président du directoire de Radiall. L’un de ses objectifs: réconcilier les Français avec l’économie

Son «obsession», c’est l’emploi. Sa passion, l’entreprise, «la cellule humaine la plus importante et la plus belle après la famille». Mercredi matin, lors de l’assemblée générale du Medef, Pierre Gattaz est devenu le nouveau patron des patrons, élu par 95% des voix. Le fils d’Yvon Gattaz, président de l’ancêtre du Medef de 1981 à 1986, succède à Laurence Parisot. Celle-ci quitte son poste après huit ans de mandat, qu’elle aurait volontiers prolongé. Dans le civil, Pierre Gattaz, regard malicieux, cravate bleue aux couleurs du Medef, préside le directoire de Radiall. Ce groupe industriel multinational fabrique des équipements électroniques, en particulier des connecteurs, et travaille notamment pour l’aéronautique, l’aérospatiale ou les télécoms. Il a par exemple pour ­concurrent la société suisse Huber + Suhner, citée dans son rapport annuel.

Dans un discours volontariste et optimiste, Pierre Gattaz s’est voulu rassembleur. Il a tendu la main au gouvernement, aux partenaires sociaux et aux Français, si prompts à critiquer les patrons. Son ambition: réconcilier le pays avec ses entreprises et ses entrepreneurs, leur faire comprendre «les règles de base de l’économie, de la mondialisation», ainsi que de la création d’emplois. Face au chômage et à la crise, l’industriel martèle sa conviction: «Jamais notre pays n’a autant eu besoin de ses entreprises.»

Ingénieur formé en France et aux Etats-Unis, Pierre Gattaz n’a rien du patron voyou aux revenus exorbitants qui exaspère tant les Français. A 53 ans, il dirige une entreprise familiale, implantée notamment en Isère, qui emploie 2500 collaborateurs dans le monde, pour un chiffre d’affaires de 220 millions d’euros. Titulaire de 290 brevets, Radiall possède cinq usines en France, quatre à l’étranger – au Mexique, en Inde, aux Etats-Unis et en Chine. Ce type de société exportatrice de taille intermédiaire n’est pas si répandue en France, dont la balance commerciale connaît un déficit de l’ordre de 70 milliards d’euros, alors «que les Allemands ont un excédent de 180 milliards», rappelle Pierre Gattaz.

L’industrie allemande est l’un de ses modèles. Il a déjà rendu visite, à Berlin, à son homologue Ulrich Grillo, président du Bundesverband der Deutschen Industrie (BDI). Il le recevra vendredi à Paris. «Nous allons renforcer notre coopération», annonce Pierre Gattaz. Le nouveau président du Medef plaide non seulement pour une Europe «mieux intégrée économiquement et socialement pour éviter les effets du dumping social», mais aussi pour une plus forte internationalisation des entreprises et de l’économie française.

Sur les thèmes de la croissance et de la compétitivité, Pierre Gattaz tient un discours classique, reprenant ceux de ses prédécesseurs. Pour lui, les entreprises sont «asphyxiées par une fiscalité et des charges sociales beaucoup trop élevées», «ligotées par un environnement législatif et réglementaire» trop complexe avec notamment «un code de 3200 pages qui augmente de 50 à 100 pages par an» et «terrorisées par ce Code du travail qui génère la peur d’embaucher». Il plaide pour une simplification des normes: «Nous avons trois millions de TPE, si chacune embauche une personne, nous réglons le problème du chômage», argumente-t-il.

Pierre Gattaz suggère au gouvernement de prendre des mesures permettant de rapprocher les marges françaises (28%) de celles des entreprises allemandes (41%). Il lui demande «de bâtir un environnement économique, législatif et réglementaire favorable aux entreprises» en baissant les charges et en «allégeant les contraintes administratives». Le patron des patrons imagine 100 milliards d’euros d’économies sur cinq ans: un transfert de 50 milliards de cotisations sociales vers la TVA pour diminuer le coût du travail; une baisse de 50 milliards des prélèvements obligatoires (impôts et taxes) qui touchent les entreprises. L’industriel propose «un pacte de confiance» qui lierait le gouvernement, les partenaires sociaux chargés d’imaginer «un contrat économique et social rénové» et les entrepreneurs (800 000 chefs d’entreprise sont membres du Medef) responsables de la création d’emplois, notamment pour les jeunes.

Durant sa campagne, Pierre Gattaz avait inquiété les syndicats lorsqu’il vantait un «Medef de combat». Mercredi, son discours était plus rond. Il a admis que les «discours de patrons sont parfois trop secs, trop financiers, trop dés­incarnés» et il a défendu «la réforme par la négociation sociale». Concernant la réforme des retraites, Pierre Gattaz reste encore prudent, mais il compte s’inscrire dans la continuité de Laurence Parisot, qui plaidait pour un allongement de la durée de cotisation.

«Jamais notre paysn’a autant eu besoinde ses entreprises»

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