Agroalimentaire

Le nouveau patron de Nestlé doit maintenant faire ses preuves

Publiés jeudi, les chiffres semestriels du groupe veveysan ont offert l’opportunité aux analystes de souligner que la multinationale doit accélérer sa mutation stratégique et financière. Mark Schneider est attendu au tournant

Jamais, sans doute, dans son histoire longue de 151 ans, le modèle de Nestlé n’avait été autant mis sous pression. Au-delà de ses chiffres semestriels publiés jeudi, les analystes se sont tous focalisés sur un même enjeu: le géant alimentaire de Vevey est en train de vivre un tournant. Et ce virage stratégique doit être vite et bien négocié.

Si les résultats ont déçu (voir ci-dessous), ils ne sont pas fondamentalement alarmants. Cet avis est partagé par la majorité des experts. Même si certains, comme Jean-Philippe Bertschy, de Vontobel, parle d’un «semestre à oublier». Les analystes sont également d’accord pour considérer que le nouveau directeur général de Nestlé, Mark Schneider, devra bientôt rendre des comptes.

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Entré en fonction en janvier dernier, son profil et sa réputation lui ont octroyé quelques mois de sérénité. Mais désormais, le marché veut juger sur pièces. Les analystes et les actionnaires ont besoin de savoir de quoi il est capable. Ils lui donnent rendez-vous en septembre, lorsque aura lieu la traditionnelle journée des investisseurs, durant laquelle il devrait détailler le grand plan stratégique qu’il a imaginé et présenté au conseil d’administration ce printemps.

Le chantier avance

Réduction du portefeuille de marques pour ne garder que celles qui génèrent le plus de marge, accélération de la transition vers la nutrition et la santé, amélioration de la rentabilité et augmentation des rendements pour des actionnaires: ce sont les quatre enjeux qui génèrent aujourd’hui les plus grandes attentes dans les marchés. Elles ne datent pas d’hier. Mais les revendications du fonds activiste Third Point, diffusées le mois dernier, les ont remises au centre de la scène. «Mark Schneider est très conscient que la pression est forte et qu’il est attendu au tournant», note encore Jean-Philippe Bertschy. Selon les analystes de Baader Helvea, cités par l’agence AWP, la situation actuelle devrait «significativement renforcer la pression sur la direction pour des changements stratégiques».

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Personne, toutefois, ne soupçonne l’ancien grand patron de Fresenius de traîner les pieds. La cession prévue des activités de confiserie aux Etats-Unis, ainsi que le programme de rachat d’actions de 20 milliards de francs, tous deux annoncés le mois dernier, sont deux signes qui prouvent que le chantier avance. Que le nouveau Nestlé, celui de demain, est en train de prendre forme. Jeudi, «l’annonce d’une augmentation des coûts de restructuration montre la volonté du nouveau directeur général de faire le ménage», estime aussi Christophe Laborde.

L’analyste de Bordier affiche sa confiance en ses capacités, en rappelant l’excellent travail qu’il a réalisé à la tête du groupe allemand d'appareils médicaux. «Le management, les hommes, les marques, les produits, la restructuration annoncée et les moyens financiers sont là pour écrire une nouvelle page.» Nestlé doit encore réussir à tourner l’ancienne.


Patience ou impuissance sur les prix?

De janvier à fin juin, le chiffre d’affaires de Nestlé a reculé de 0,3%, à 43 milliards de francs. Les ventes ont été affectées par des cessions et par les taux de changes. La croissance organique, elle, atteint 2,3%. Le taux se décompose en une croissance interne réelle de 1,4% et une adaptation des prix à la hausse de 0,9%. Le semestre a été marqué par une différence assez nette entre les marchés émergents et développés.

Dans ces derniers, la croissance des ventes a atteint 1,1% mais elle a été freinée par des baisses de prix à hauteur de –0,3%. Dans les marchés émergents, le chiffre d’affaires a progressé de 4,4%, grâce notamment à des hausses de prix de 2,5%.

«Les baisses de prix dans les marchés développés au deuxième trimestre sont surprenantes, sachant que les prix des matières premières ont augmenté», remarque l’analyste de Vontobel Jean-Philippe Bertschy. Un constat d’autant plus étonnant que Nestlé dispose d’un pricing power très important. «Ses marques sont si fortes et incontournables que les hausses de prix ont un effet moindre sur les volumes.»

Cette difficulté à augmenter le prix n’est pas un bon signe. Mais ce n’est peut-être qu’une question de temps. Car l’analyste rappelle que, par rapport au reste de l’industrie agroalimentaire, Nestlé est généralement moins réactif à augmenter ses prix. «C’est une stratégie que le groupe maîtrise bien. L’an dernier au Brésil, par exemple, Nestlé a attendu. Et ils ont eu raison. Mondelez a vu ses volumes fortement baisser, en raison de leurs subites et importantes augmentations de prix.»

Du côté de la rentabilité, Nestlé a dégagé un bénéfice opérationnel stable de 6,8 milliards de francs. Sa marge est inchangée à 15,8%. Les progrès réalisés en termes d’efficacité ont été compensés par la hausse des prix des matières premières, explique le groupe. Le rebond de 19% du bénéfice net s’explique en partie par un effet de comparaison, par rapport à un premier semestre 2016 grevé par un ajustement fiscal.

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