Comme annoncé mardi soir (lire Le Temps du 24 août 1999), Bob Bishop (56 ans) a été nommé par le conseil d'administration pour prendre la direction de Silicon Graphics. Australien d'origine mais Suisse d'adoption, il a vécu en Australie, aux Etats-Unis, au Japon et en Allemagne avant de s'établir à Genève.

Diplômé de New York University en 1968, ce féru de physique et de mathématique commença sa carrière chez Digital Equipment Corp. Après un bref passage à la vice-présidence d'Apollo Computer, il est engagé par SGI en 1986. Cette même année, il crée la division internationale de SGI à Genève avant de devenir, six ans plus tard, membre du conseil d'administration de la compagnie. Président des opérations non américaines, il a su reconnaître les qualités et les atouts de la région neuchâteloise en y ouvrant le premier site de production européen en 1989.

En 1995, il est à l'origine de l'extension du centre de production et de technologie à Cortaillod avec une importante création d'emplois à la clé. La précision suisse nourrie du passé horloger de la région au service de la folie et de l'imagination californienne. Comment ne pas être séduit par cet alliage?

Au dernier Forum de Glion organisé par Le Temps et la Télévision suisse romande, Bob Bishop avait eu un discours d'ouverture tonifiant. Son appel à une tolérance pour la folie était suivi du constat suivant: «La performance des technologies de l'information et des communications double tous les deux ans, alors que leur prix chute de moitié dans le même temps. En dix ans, le rapport prix/ performance augmente ainsi de mille fois, et d'un million de fois en vingt ans. L'économie du XXIe siècle sera plus virtuelle que tangible.»

Convaincu que le capital physique évolue de plus en plus en capital intellectuel, il est maintenant aux commandes d'une firme à la pointe de l'informatique. Silicon Graphics est spécialisée dans l'animation graphique d'objets ou de personnes. Par une simple manipulation sur un clavier, molécules, composants chimiques et autres pièces mécaniques peuvent être ainsi vus à l'écran sous toutes les coutures. La trace digitalisée de l'objet permet de travailler sans frictions et sans heurts. Manipuler l'intangible plutôt que les choses fait ainsi baisser les coûts de production. Cette technique augmente aussi la vitesse d'exécution. La productivité de la recherche des laboratoires pharmaceutiques et des bureaux de design qui utilisent cet outil informatique est ainsi fortement améliorée.

Mais ces industries ne sont pas les seules à avoir recours aux services de cette entreprise californienne. L'industrie culturelle américaine intègre de plus en plus ce savoir-faire. Les superordinateurs de Silicon Graphics ont permis d'animer toutes les scènes du nouveau film South Park. Associée au studio Dream Works de Steven Spielberg, la firme créée à Mountain View a vu ses débouchés dans le cinéma et la télévision augmenter.

Son activité colle de plus en plus au marché, en pleine effervescence, de la vidéo et de la transmission d'images par Internet.

A l'annonce du départ de Rick Belluzo mardi, qui a démissionné pour reprendre très probablement les rênes des activités interactives de Microsoft, le titre SGI a perdu 13%. L'action s'est légèrement reprise mercredi. Le plan de réorientation dans les activités qui touchent les services liés à Internet et la suppression de 1500 emplois, soit 17% des effectifs, restent d'actualité.

Mais le premier effet de cette restructuration est le départ de Bob Bishop de Genève à Mountain View, en Californie.