Le nouveau PIB suisse célèbre l’innovation

Conjoncture Berne harmonise sa mesure de la croissance avec les standards internationaux

Le PIB, c’est «le roi des statistiques, il est toujours au centre de toutes les attentions». Alors, lorsque le produit intérieur brut fait l’objet d’une profonde révision méthodologique pour s’adapter à l’internationalisation économique, Eric Scheidegger, le chef de la Direction de la politique économique du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), mobilise les troupes. Mardi à Berne, il était accompagné du directeur de l’Office fédéral de la statistique (OFS), Georges-Simon Ulrich, ainsi que de plusieurs cadres des deux offices fédéraux. Objectifs: expliquer pourquoi la Suisse avait besoin d’harmoniser sa façon d’estimer son état de santé et quelles en sont les principales conséquences.

Le poids de la pharma

Sous le nouveau régime du Système européen des comptes (SEC 2010), la pharma gagne en importance. Son poids structurel augmente de 0,7%. Insuffisant, toutefois, pour faire progresser la part du groupe «industrie manufacturière» (18%) dont elle fait partie. Car dans cette catégorie, d’autres branches perdent de leur influence économique. Notamment parce que les intérimaires qu’elles font travailler sont désormais considérés comme des employés d’entreprises de placement, donc classés dans le groupe des activités de services (20%), au côté de l’immobilier ou de la finance. Là aussi, les normes internationales ont fait référence.

La pharma bénéficie en fait d’un reclassement de la recherche et du développement (R&D). La R&D, ce n’est plus une dépense, mais des investissements. «Une société qui investit dans l’élaboration d’un traitement, même si elle ne parvient finalement pas à le commercialiser, apporte des connaissances et une plus-value au secteur», justifie le patron de l’OFS. Les dépenses militaires sont elles aussi considérées comme des investissements, «parce qu’elles sont productives», complète Georges-Simon Ulrich.

Le détail du négoce

Cette révision concerne également la mesure du commerce extérieur. Désormais, il faut que la marchandise change de propriétaire pour apparaître dans les chiffres. Exemple: une machine d’une entreprise suisse envoyée en réparation en Allemagne ne voyage plus, comptablement parlant. Seule l’importation du service – la facture venue d’Allemagne – compte.

A l’inverse, puisqu’il y a changement de propriétaire, les achats et reventes de matières premières des nombreuses sociétés de négoce présentes en Suisse sont désormais enregistrés comme des entrées et des sorties. Cette modification ne rendra pas le secteur plus transparent, prévient Bruno Parnisari, du Seco: «Ces chiffres étaient déjà publiés par la Banque nationale suisse.»

Dans le calcul du PIB, ce «commerce de transit» se substitue en tout cas à l’enregistrement, jusqu’ici, de la seule marge encaissée par les négociants. Il rendra aussi les chiffres douaniers plus volatils qu’auparavant. C’est pourquoi il est prévu un sous-total qui exclut ces opérations.

Sans l’or ni l’art

Un autre sous-total exclura aussi les «objets de valeur», comme les pierres et métaux précieux, les diamants, mais aussi les antiquités et les objets d’art. «Un Picasso n’est pas utilisé à des fins de production ou de consommation, c’est une réserve de valeur», illustre Bruno Parnisari, précisant que ces biens «non monétaires» pèsent quelque 100 milliards de francs par an, en Suisse.

Plus de croissance

Globalement, les données historiques révisées, établies pour la période 1995 à 2013, découlent sur un PIB suisse supérieur de 5 à 6% par an. En 2011, l’année de référence des statisticiens responsables de la réforme, le PIB a grossi de 33,2 milliards de francs (+5,7%). Toujours en 2011, la richesse suisse par habitant a augmenté, de 4200 francs.

Mardi, pour la première fois, le PIB trimestriel a été publié sous sa nouvelle forme. Les résultats révélés le 2 septembre dernier, calculés selon l’ancienne méthode, faisaient état d’une stagnation du PIB sur trois mois et d’une croissance de 0,6% sur un an. Après passage au SEC 2010, des croissances de 0,2% et de 1,6% ont été calculées.

En cause surtout, des impulsions plus marquées de la balance commerciale, détaille le Seco. Du coup, hier, BAK Basel estimait déjà que sa prévision de croissance de 1,4% pour 2014 serait sans doute trop basse.