De nouveau dans la tourmente, la Grèce envisage un troisième prêt

Zone euro Tout programme d’ajustement sera forcément accompagné de nouvelles mesures d’austérité. Ce que le pouvoir aimerait éviter

L’Eurogroupe, le club de ministres des Finances de la zone euro, s’apprête à négocier une «relation contractuelle» avec la Grèce. Un euphémisme qui cache mal le fait que le pays a besoin d’un troisième programme d’aide.

La décision pourrait être prise lors de la prochaine réunion de l’Eurogroupe ce jeudi à Bruxelles. Ce lundi, le rendement sur le taux d’obligations grecques à 10 ans évoluait légèrement au-dessus de 8%. A ce taux-là, aucun pays ne peut se refinancer sur le marché.

Il se peut que l’Eurogroupe trouve d’ici là une autre expression que la «relation contractuelle». Le fait est que ni Bruxelles ni Athènes ne souhaitent parler de nouveau «programme d’ajustement structurel», qui, pour la population, est synonyme de mesures d’austérité.

Cette perspective serait difficilement vendable à des citoyens qui en subissent les conséquences depuis bientôt cinq ans.

Le pouvoir actuel ne veut à aucun prix en arriver là, d’autant plus que de nouvelles élections générales sont agendées au début de l’année prochaine. Et c’est le Syriza, parti d’opposition de la gauche radicale, qui a les faveurs des sondages.

Endettement insupportable

Outre un plan d’annulation de la dette à hauteur de 107 milliards en 2013, la Grèce a bénéficié de deux programmes d’ajustement structurel: en mai 2010 pour un montant de 110 milliards d’euros et en février 2012 pour 140 milliards. Ce dernier expire le 31 décembre 2014. Le pays est certes sorti d’une longue phase de récession et les perspectives de croissance se sont améliorées. Mais le niveau d’endettement reste insupportable, à 174,9% du produit intérieur brut (PIB) en 2013, contre 175,1% en avril. Cette année, Athènes doit consacrer 4,4 milliards d’euros au remboursement et 6,5 milliards l’an prochain. La troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) qui supervise l’aide à la Grèce prévoit un ratio dette/PIB de 124% en 2020 et au-dessous de 110% en 2022. La réduction est conséquente, mais même à ce niveau, le pays ne respectera pas le critère du Pacte de stabilité qui fixe la limite tolérable à 60% du PIB.

«La Grèce a réalisé d’importants progrès en matière de réformes, a déclaré un porte-parole du FMI le 30 octobre dernier. Mais les événements récents ont montré qu’elle était encore loin de pouvoir s’appuyer exclusivement sur les marchés pour se financer.»

Tel est le contexte général, mais aussi politique, dans lequel les pays de la zone euro se pencheront sur le cas grec jeudi. Une idée serait de mettre à la disposition d’Athènes une ligne de «crédit de précaution», ce qui techniquement n’implique pas de conditionnalité. «Mais attention, prévient un haut cadre européen. Si la Grèce puise dans ce fonds, elle devra respecter certaines conditions.» Cette ligne de crédit prescrit les «mesures correctives» à prendre pour corriger les faiblesses identifiées ainsi qu’une surveillance renforcée.