«Les inégalités sont motivantes. Sans elles, la vie serait monotone. Mes étudiants en sont généralement convaincus, mais ils n'aiment pas qu'elles résultent du hasard», explique Robert Shiller, professeur d'économie à l'Université de Yale. L'auteur du livre Irrational Exuberance s'exprimait, mercredi à Monaco, devant un parterre de plusieurs centaines de professionnels de la finance.

Pour promouvoir l'esprit d'entreprise, bridé par la hantise des accidents de carrière, il faut développer les transactions sur le risque. Echanger ce risque contre le paiement d'une prime. C'est le métier des assureurs et de certains segments des marchés financiers. Mais ils doivent aller plus loin et concevoir de nouveaux contrats, un thème que Robert Shiller a exposé dans un récent ouvrage*.

«Des étudiants renoncent à se spécialiser. Ils font des études généralistes alors qu'ils auraient préféré se lancer dans un domaine plus pointu.» Avec un MBA en poche, on peut toujours trouver une place bien payée. Mais avec des études dans un domaine très précis de la biotechnologie moléculaire, c'est plus aléatoire. Il faut dix ans pour se former. Pendant ce temps, un axe de recherche prometteur et bien payé peut devenir complètement dépassé. Pour éviter ce problème, qui prive la société de chercheurs utiles pour la croissance, une nouvelle forme de contrats doit être proposée. Elle existe déjà, en Australie, sous une forme imparfaite.

Il faut créer des prêts personnels liés aux salaires futurs. L'étudiant emprunte pour payer ses études. Il remboursera une somme totale plus ou moins importante, en proportion de son futur salaire. Si, quand ses études seront terminées, le domaine qu'il a choisi a perdu de son intérêt et que les salaires promis ont baissé, il pourra même recevoir, en dédommagement, une rente. Elle ne serait pas calculée en fonction de la personne même – il ne s'agit pas d'encourager la paresse –, mais en fonction de la situation salariale de l'ensemble de la profession choisie.

Le développement de la technologie de l'information, de la puissance des calculs et l'arrivée en force des mathématiciens dans le monde de la finance permettent de gérer de tels systèmes qui n'étaient pas viables avant. La publication des taux de remboursement exigés par les banques pour les prêts, donnerait également une idée des perspectives professionnelles, estimées par le marché, pour telle ou telle profession. Cela serait une information utile dans le choix d'un métier.

Le commun des mortels a tendance à craindre des risques de peu d'importance, à s'en assurer, alors que d'autres dangers sont complètement négligés. Le plus important d'entre eux échappe au monde de l'assurance, c'est le risque de «choc professionnel». Cette succession de risques accroît les inégalités à mesure que le temps passe. Alors que des gens sont relativement égaux à l'âge de 20 ans, ils le sont nettement moins quarante ans plus tard. Il faudrait également s'en prémunir. «Surtout vous, les professionnels de la finance», met en garde Robert Shiller, en s'adressant à son public.

«Le second risque le plus élevé, après celui du choc professionnel, est celui du recul de la valeur de sa maison», un événement qui est, aux Etats-Unis, imminent. Des assurances ont été lancées, mais elles n'ont pas encore eu de succès. «Il faut attendre que la crise ait pris place pour que le public s'intéresse à de tels contrats.»

Être locataire ne serait-il pas une façon plus simple de se prémunir contre le risque financier associé à une maison? «Les gens aspirent à être propriétaires. Dans les pays développés, ils le sont en grand nombre, répond Robert Shiller. En étant locataire, on court le risque d'une augmentation de loyer, un élément qui pourrait aussi être couvert.»

* New Financial Order, Princeton University Press.