Au-delà de l'évolution sectorielle du chômage, des tendances se dessinent qui présentent les nouveaux chômeurs sous un jour différent de ceux de la précédente récession. «On ne le voit pas encore clairement dans les statistiques, mais on suppose qu'une proportion croissante de personnes au bénéfice d'une bonne formation se retrouve actuellement sans travail», fait remarquer Roland Aeppli, collaborateur scientifique auprès de l'institut conjoncturel KOF à Zurich. Les statistiques par catégorie professionnelle publiées par le Seco ne permettent pas de préciser s'il s'agit de fonctions de cadre, de spécialiste ou d'auxiliaire. Mais la modification de la structure des économies des pays développés, et plus particulièrement de celle de la Suisse, sous-tend cette hypothèse.

«La contribution du secteur des services à la croissance économique ou à la valeur ajoutée des pays développés s'est fortement accrue ces dernières années. Conséquence: la part des chômeurs issus de ce secteur a augmenté elle aussi et ceux-ci bénéficient souvent d'une formation supérieure», précise Frédéric Mathlow, responsable de l'analyse conjoncturelle pour la Suisse auprès de Credit Suisse à Zurich.

Les managers touchés

Frédéric Mathlow fait remarquer que depuis la précédente récession, soit en 1995-96, le secteur financier a vu sa part de la valeur ajoutée passer de moins de 10% à un niveau évalué entre 10% et 30%. Rien d'étonnant dès lors à ce que la banque, l'assurance, mais aussi l'informatique – des secteurs qui se sont fortement développés dans le sillage de la hausse des Bourses – soient frappées de plein fouet. «A l'heure actuelle, l'élite et les top managers sont donc loin d'être à l'abri du chômage», précise encore le spécialiste. Pour ce dernier, «la formation est toujours utile, mais désormais même les diplômés universitaires doivent s'attendre à se retrouver au chômage une ou deux fois dans leur vie».

Secrétaire centrale de l'Association des employés de banque, Marie-France Goy confirme cette évolution: «A la différence de ce que l'on observait au milieu des années 1990, les lettres de congé que je vois aujourd'hui touchent toutes les catégories de revenus et tous les rangs hiérarchiques. Ces temps-ci, les gérants de fortune sont particulièrement affectés, surtout en Suisse romande et au Tessin, alors que le phénomène commence à gagner la région zurichoise dans la banque d'investissement.» Autre différence marquante observée par Marie-France Goy: les gens mis en disponibilité mettent bien plus de temps à retrouver en emploi. «Une bonne formation n'en constitue pas moins un facteur de flexibilité qui permet de réagir plus rapidement à la demande du marché, insiste Frederic Mathlow. Un diplômé en économie peut trouver du travail dans une banque, une assurance ou dans le consulting.»