Pétrole

Nouveaux ennuis pour Addax, désormais sous enquête aux Etats-Unis

Le géant chinois Sinopec fait l’objet d’une procédure du gendarme boursier et de la justice pour des versements suspects de sa filiale suisse, Addax Petroleum, au Nigeria

La situation s’aggrave pour Addax Petroleum, la filiale suisse du géant pétrolier chinois Sinopec. Des versements suspects qu’elle a effectués au Nigeria font désormais l’objet d’une double enquête des autorités boursières et de la justice américaines, révélait Bloomberg mercredi soir.

Une source proche du dossier a confirmé l’information au Temps. Selon cet interlocuteur, le versement de quelque 100 millions de dollars, via un avocat inscrit au barreau californien, est au centre des investigations.

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C’est la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain, qui est en pointe dans l’enquête, les versements potentiellement corruptifs étant assimilés à des malversations comptables, selon cette source. Ces versements avaient été dénoncés par Deloitte, l’ancien auditeur d’Addax, ce qui avait déjà provoqué l’ouverture d’une procédure pénale à Genève.

L’enquête américaine est dirigée contre Sinopec, mais risque de mettre en cause des dirigeants de l’entité suisse, notamment le directeur Zhang Yi et le juriste en chef Guus Klusener, qui avaient été brièvement détenus à Genève en début d’année.

Fermeture de la filiale suisse à Genève

Selon Bloomberg, les 100 millions de dollars destinés à des officiels nigérians étaient censés résoudre des litiges juridiques d’Addax Petroleum au Nigeria. La société bénéficiait de généreuses exemptions fiscales remontant à 2001, qui avaient été brutalement révoquées en 2014. Les versements auraient eu pour but d'annuler cette décision. 

Les autorités judiciaires genevoises ont déjà terminé leur enquête sur ces transactions. Début juillet, elles avaient clos leur procédure en échange de 31 millions de dollars, versés par Addax Petroleum au titre de «réparation» pour ses défaillances d'organisaiton.

Sinopec avait ensuite annoncé la fermeture de sa filiale suisse à la fin de l’année, un geste vu par certains initiés comme une vengeance destinée à laver l’affront subi par le groupe chinois. Les 174 employés d’Addax Petroleum à Genève sont en cours de licenciement.

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La procédure américaine permet de mieux comprendre la décision genevoise de clore rapidement l’enquête. Il était inutile de poursuivre une procédure tentaculaire pour des faits commis essentiellement au Nigeria, alors que les autorités américaines enquêtaient sur les mêmes faits, ce dont la justice genevoise était informée au moins vaguement, expliquent des sources proches du dossier.

Vincent Spira, l’avocat de Guus Klusener, n’a pas souhaité faire de commentaire. L’avocat suisse de Zhang Yi, Saverio Lembo, ne comprend pas l’utilité de la procédure américaine: «Si les faits sont les mêmes que ceux ayant conduit à l’ordonnance de classement prononcée cet été par le Ministère public genevois, je ne vois franchement pas l’utilité de refaire un travail déjà accompli.»

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