Le défi de l'analyse du marché financier ne réside plus aujourd'hui dans la disponibilité des données mais dans leur exploitation. En d'autres termes, l'évaluation efficace du flot d'informations disponibles sur les entreprises, les branches d'activités et les secteurs ainsi que sur les pays et les marchés requiert une systématisation de plus en plus poussée. Il est possible de tester une nouvelle méthode dont l'objectif consiste à évaluer le profil de risque stratégique d'une tendance afin d'adapter le comportement tactique au dit profil.

Cette étude ne se limite pas aux schémas de cours, mais elle s'attache également aux projections et à la communication des acteurs du marché. Les experts définissent ces processus psychologiques et sociaux comme le terrain «fondamental» des tendances boursières. Ce ne sont pas les données économiques en soi qui déterminent les cours, mais bien plus leur interprétation par les investisseurs.

Afin d'évaluer les innombrables données disponibles, un modèle peut être mis au point reposant sur deux piliers essentiels: la «structure» et la «phase».

La méthode distingue cinq structures, allant de positive de manière homogène, en passant par positive de manière hétérogène et une phase de transition, jusqu'à négative de manière hétérogène et négative de manière homogène. Il est question d'une évolution sectorielle positive de manière homogène dès lors que le secteur ou l'indice (partiel) se trouve dans une tendance haussière, confirmée par une largeur de marché conséquente et une dynamique en croissance. Il y a six semaines encore, divers secteurs comme l'énergie/le pétrole/le gaz, des matières premières ainsi que certains domaines industriels remplissaient ces critères. Depuis, la situation a évolué et la plupart de ces secteurs deviennent à vue d'œil plus hétérogènes. Autrement dit, moins de deux tiers des actions de ces secteurs suivent la tendance haussière. Certains sont dorénavant en phase de transition.

S'agissant des phases, l'idée est que de nouvelles évolutions «fondamentales» ne se répercutent pas instantanément sur les cours. A l'inverse, on assiste à une adaptation des attentes des investisseurs dans le cadre d'un processus qui subit les influences de la communication et passe par divers stades. Dans un premier temps, les nouveaux thèmes apparaissant sur le marché ne se répercuteront ni sur les évaluations, ni sur les faits et seront en général rejetés par la majorité des acteurs du marché (phase 1). Au cours de l'étape suivante, le thème attirera davantage l'attention et polarisera les opinions. Il est clairement identifiable dans la communication, mais les commentaires à son sujet sont différenciés. Les faits fournissent les premières preuves. L'évaluation suit les «fondamentaux» (phase 2). La phase 3 est celle de la formation du consensus: les argumentations des analystes sont similaires et sont amplement corroborées par les faits. Les modifications structurelles évoquées sont quasiment totalement anticipées. Dans les cas extrêmes, les derniers sceptiques capitulent, ce qui conduit, lors de l'évaluation, à une extrapolation dangereuse du passé (phase 4).

Quant à la manière dont les phases tendancielles se démarquent concrètement les unes des autres, l'exemple du secteur pétrolier et du gaz l'illustre à merveille. S'agissant des grands groupes pétroliers, les discussions liées à la raréfaction de l'offre (Hubbert's Peak) conjuguée à une demande structurellement supérieure continuent d'être animées. Les aspects négatifs, à savoir l'inflation des coûts, les contre-réactions politiques (augmentations fiscales, tendances à la nationalisation) ou la pérennité des réserves figurant au bilan monopolisent une grande partie du débat. Par conséquent, sur le marché des actions, le prix du pétrole n'est escompté qu'à 45 dollars environ pour les titres des sociétés. Aussi ce secteur se situe-t-il toujours en phase 2. En revanche, le consensus règne entre les sociétés de service sur le fait que la nécessité de nouveaux équipements et de nouvelles commandes de forage conduira, dans les années à venir, à un gonflement des commandes jusqu'à un pourcentage à deux chiffres, indépendamment des thèmes abordés. Cette anticipation est largement intégrée dans les évaluations actuelles. Ce secteur se trouve donc en phase 3 et est tendanciellement plus vulnérable aux replis. L'avantage principal de cette méthode réside dans le fait qu'elle permet d'identifier les secteurs attrayants sans dépendre de prévisions subjectives.