Le tourisme suisse n’est pas aux abois, mais il a besoin d’aide, voire d’un nouvel élan. Surtout dans les domaines de l’hôtellerie urbaine et d’affaires, fortement touchés par la crise du coronavirus. C’est avec cet argumentaire que Guy Parmelin est venu annoncer mercredi à Berne le déblocage de 60 nouveaux millions de francs en faveur d’un secteur qui emploie quelque 175 000 personnes et représente 2,9% du produit intérieur brut (PIB).

Les chiffres des hébergements du mois de juillet ne seront publiés que vendredi. Mais l’on sait déjà que le premier semestre 2021 a été marqué par une baisse de 40% des nuitées hôtelières, par rapport à 2019. Celles des visiteurs étrangers ont même chuté de 78%, avec des différences notables entre villes, montagnes et campagnes. «Le tourisme ne pourra tabler que sur une reprise progressive. Un soutien rapide est donc nécessaire», a ajouté le président de la Confédération devant les médias.

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Cette nouvelle aide est constituée de trois axes. «Mais elle s’opère par le biais d’instruments déjà éprouvés», a tenu à préciser le chef du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR). D’abord, Suisse Tourisme recevra 30 millions, en plus des 40 millions d’aides déjà perçues l’an dernier. «L’objectif est de reconquérir les visiteurs étrangers, tout en renforçant le tourisme durable, et de redynamiser le tourisme d’affaires et urbain», a précisé Guy Parmelin. Sur ces 30 millions, un tiers sera dédié aux partenaires de Suisse Tourisme, à savoir les offices régionaux.

Vers qui se tourner?

Même si ce programme doit encore être validé par le parlement, c’est «une bonne nouvelle pour la branche et pour les régions», réagit Véronique Kanel, porte-parole de Suisse Tourisme. Sur la destination exacte de cet argent, «nous avons évidemment des comptes à rendre, des analyses à fournir. Ce sera notre rôle à nous, avec nos partenaires, de déterminer sur quels marchés seront répartis ces fonds et comment positionner le tourisme urbain et de congrès».

Dans la promotion du tourisme durable, avec Swisstainable, ou dans le tourisme urbain, avec la campagne de découverte des villes à pied, baptisée «10 000 pas», Suisse Tourisme concentre déjà ses efforts sur les segments évoqués par le conseiller fédéral. «Cela nous permettra de poursuivre ces programmes, de les renforcer, et même de proposer de nouveaux produits touristiques», prévoit Véronique Kanel.

Si la clientèle d’affaires ne revient pas ces prochains mois, la crise va continuer. Dans ce scénario, les instruments ne sont pas les bons

Alain Becker, président de l’Association romande des hôteliers

La deuxième tranche du programme de relance, de 20 millions de francs, servira à augmenter entre 2023 et 2026 le plafond de la subvention étatique prévue dans le programme d’innovation Innotour, un organisme d’aide au développement et à la conception de produits touristiques. Enfin, la Nouvelle Politique régionale (NPR), qui vise à soutenir les projets touristiques locaux, bénéficiera de 10 millions de francs supplémentaires.

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Guy Parmelin a aussi rappelé que le DEFR travaille sur la nouvelle stratégie touristique du pays, qui doit être adoptée par le Conseil fédéral d’ici la fin de l’année. «Il s’agit d’esquisser le moyen et le long terme», a-t-il différencié. Concrètement, la Société suisse de crédit hôtelier et la NPR devraient en être les principaux bénéficiaires.

Satisfait, pas encore heureux

Le président de l’Association romande des hôteliers (ARH), Alain Becker, se dit «satisfait. Le Conseil fédéral a conscience des difficultés que traverse l’hôtellerie urbaine et d’affaires. Et il a aussi compris, en élargissant le périmètre d’outils déjà existants, que nous n’avons pas le temps d’en envisager de nouveaux. Mais je serai vraiment heureux lorsque l’on pourra voir les résultats concrets.»

Plusieurs fois depuis le début de la crise, les milieux hôteliers ont ouvertement appelé le gouvernement à l’aide. Alain Becker n’est toutefois pas convaincu que tous les problèmes soient désormais résolus. «Si la clientèle d’affaires ne revient pas ces prochains mois, la crise va continuer. Dans ce scénario, les instruments ne sont pas les bons. Il faudra se poser la question de nouvelles aides pour les cas de rigueur.» Mais s’il s’agit d’encourager les investissements dans la reconversion, totale ou partielle, de ce segment de l’hôtellerie, conclut-il, «alors la réponse est adéquate».

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