Aucune tour ne crache de la fumée aux alentours du siège de Makhteshim Agan Industries. Depuis peu, les quartiers généraux du groupe agrochimique ont été installés dans le centre d'affaires Airport City, à proximité immédiate de l'aéroport international Ben Gurion de Tel-Aviv. De bonnes raisons justifient ce choix: le groupe, né de la fusion de Makhteshim et Agan en 1998, ne réalise plus que 5% de son chiffre d'affaires sur son marché d'origine. L'an dernier, 39% de ses ventes ont été réalisées en Europe, 26% en Amérique du Sud, 19% en Amérique du Nord et 11% dans d'autres pays du monde. Dans cette dernière catégorie, le chiffre d'affaires a bondi de 70% au premier trimestre comparé à l'an dernier, suivi par l'Amérique du Sud (+47%) et l'Europe (+27%).

Au total, les ventes de Makhteshim Agan ont crû de 30,6% à 722,2 millions de dollars entre janvier et mars. Le bénéfice a, lui, augmenté presque au même rythme à 90,9 millions (+27,8%). Un rythme d'expansion impressionnant pour le groupe qui a franchi pour la première fois la barre de 2 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel en 2007.

Makhteshim Agan occupe désormais la place de leader mondial des produits phytosanitaires génériques. Toutes catégories confondues (génériques et spécialités), l'entreprise est numéro sept sur l'ensemble de ce marché. Il se place ainsi juste après les «big six», à savoir Syngenta, Bayer, BASF, Dow, Monsento et DuPont.

Un marché qui pèse 35 milliards de dollars

«Notre marché est en plein boom», se félicite Avraham Bigger, président et CEO de Makhteshim Agan. Et d'énumérer rapidement les facteurs habituellement mentionnés pour expliquer la forte hausse de la demande: élévation du niveau de vie en Chine et en Inde, modification des habitudes alimentaires, émergence des biocarburants, limitation des surfaces cultivables disponibles. «Notre secteur est similaire à l'assurance: plus la valeur des actifs augmente, plus les dépenses consacrées à leur protection sont importantes», observe le CEO. «La taille du marché des produits phytosanitaires est estimée à 35 milliards de dollars. Jusqu'à il y a quatre ans, la croissance du secteur atteignait entre 2 et 3% par an. Depuis 2007, ce rythme s'est accéléré à 7 ou 8%.» La progression des ventes de Makhteshim Agan dépasse, elle, 13%.

Avraham Bigger se fixe toutefois des objectifs encore plus ambitieux: «Nous voulons croître deux à trois fois plus vite que le marché.» Un paradoxe pour cette entreprise qui ne développe pas de nouvelles substances actives, mais qui se concentre sur la commercialisation de produits dont les brevets arrivent à échéance. «Nous sommes un peu le Teva de l'univers de l'agrochimie», sourit Avraham Bigger.

Erosion des prix plus lente

L'analogie avec le fabricant israélien de médicaments génériques s'arrête toutefois là: «Dans le domaine des produits phytosanitaires, les marges ne chutent pas aussi rapidement que dans la pharma lorsque les brevets arrivent à échéance.» Pour Avraham Bigger, un autre facteur parle en faveur du modèle d'affaires de Makhteshim Agan: «Au fur et à mesure que de nouveaux brevets échoient, le marché des produits phytosanitaires génériques gagne en importance. Nous pouvons offrir une palette de produits toujours plus complète, ce qui renforce encore notre attrait auprès de la clientèle.»

A la bourse de Tel-Aviv, l'action Makhteshim Agan ne gagne plus que 1% sur un an suite à la correction récente des marchés. En comparaison, la progression atteint 35% sur 12 mois pour le leader suisse de la branche Syngenta.

Jusqu'à présent, le titre de Makhteshim Agan n'a pas connu un rally aussi spectaculaire que certaines autres valeurs portées par la hausse des prix des matières premières agricoles. Basé également à Tel-Aviv, le groupe Israel Chemicals, actif dans les spécialités chimiques et les engrais, a ainsi vu son action grimper de 54% depuis janvier et de 131% sur un an.