La Banque nationale (BNS) poursuit ses investigations en matière de monnaie numérique de banque centrale (MNBC ou CDBC selon l’acronyme anglophone). Dans un projet mené avec l’opérateur de la bourse suisse SIX et la Banque des règlements internationaux (BRI), l’institut d’émission a pu vérifier début décembre que des transactions d’actifs financiers représentés sous forme de jetons numériques (tokens) peuvent être effectuées en utilisant l’infrastructure bancaire existante. Ces nouveaux tests montrent que ce type d’opérations utilisant la technologie des registres distribués comme la blockchain peut être compatible avec les systèmes actuellement utilisés par les banques, selon un communiqué diffusé jeudi.

Il s’agit de la deuxième étape du projet Helvetia, une étude de faisabilité d’un «e-franc» qui serait réservé aux institutions financières, et non au grand public (on parle de MNBC «de gros»). Fin 2020, la BNS avait procédé à l’émission d’une telle monnaie numérique sur la plateforme dédiée aux actifs numériques de la bourse suisse, appelée SDX. Cette plateforme SDX avait été également reliée au système centralisé utilisé en Suisse pour les paiements, le Swiss Interbank Clearing (SIC).

Entre fin novembre et début décembre 2021, 21 transactions ont été conclues dans un environnement de test, avec la participation de cinq banques commerciales, suisses et étrangères (UBS, Credit Suisse, Hypothekarbank Lenzburg, Goldman Sachs, Citi). Il s’agissait de paiements, y compris transfrontaliers, d’achat et de vente de valeurs mobilières tokenizées ou de transactions entre la BNS et une banque commerciale.

Possible pour des acteurs privés

La technologie des registres distribués permet de régler de telles opérations de manière immédiate alors qu’un paiement via le système de compensation actuel prend en réalité deux jours, même si l’utilisateur ne le remarque pas. Autre avantage, le risque de contrepartie disparaît, ce qui élimine la nécessité d’un organisme central telle une chambre de compensation comme le SIC.

La loi suisse permet d’émettre une MNBC de gros sur une plateforme utilisant la technologie des registres distribués qui serait exploitée par un acteur du secteur privé. Les opérations de ce genre pouvant se développer à l’avenir et peut-être atteindre une importance systémique, la BNS a décidé de s’y intéresser à travers le projet Helvetia. En décembre 2021, la BNS avait effectué une expérimentation avec la Banque de France concernant des paiements transfrontaliers et des règlements d’actifs numériques, là encore avec la BRI et SIX.

Ces tests ne signifient pas que la BNS envisage de lancer une monnaie numérique de gros ou de détail, précise le communiqué conjoint. La Chine avait fait œuvre de pionnière l’an dernier en lançant la version test d’une monnaie numérique. En octobre 2021, le Nigeria avait lancé une version numérique de sa monnaie, l’eNaira.