Dans un nouvel acte de défiance vis-à-vis des Etats-Unis, Hugo Chavez, président du Venezuela, a annoncé le retrait de son pays du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM). «Ici, c'est le FMI, ce mécanisme aux mains de l'impérialisme nord-américain, qui commande et qui nous impose des politiques économiques et sociales brutales», a-t-il déclaré dans un message transmis lundi par la télévision nationale à l'occasion de la Fête du 1er Mai. Pour le leader de la révolution bolivarienne, le FMI et la BM sont des instruments de la politique américaine et aussi européenne en Amérique du Sud et ailleurs.

Une première

Dans le passé, quelques pays renégats (Soudan, Liberia, Sierra Leone) ont été certes suspendus pour non-respect des engagements financiers. Mais là, c'est bien la première fois qu'un pays se retire volontairement de ces institutions, dites de Bretton Woods et fondées en 1944 au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, pour garantir la stabilité financière internationale et pour aider les pays démunis. Sans doute faute de précédent, le FMI et la BM, les deux basés à Washington, n'ont pas réagi immédiatement à l'annonce faite par le trublion latino.

«La décision de Hugo Chavez, même si elle est politique et vise à galvaniser un sentiment anti-américain en Amérique du Sud, n'a pas d'incidence directe ni sur le pays ni sur les deux institutions, explique Charles Wyplosz, professeur à l'Institut de hautes études internationales (HEI) à Genève. Riche de ses pétrodollars, et pour autant que le prix du pétrole se maintienne à un niveau élevé, Hugo Chavez n'a effectivement pas besoin ni du FMI ni de la BM.» Selon lui, on ne peut pas reprocher au Venezuela de manquer de solidarité; le pays verse des millions de dollars aux pays démunis en Amérique latine.

Hugo Chavez est allé plus loin que de défier le FMI et la BM. Il a appelé à la concrétisation du projet de la Banque del Sur (Banque du Sud) comme une alternative aux institutions de Bretton Woods. L'idée a fait son chemin et a déjà obtenu l'adhésion de l'Argentine, la Bolivie, l'Equateur et le Brésil. L'objectif est de donner plus d'autonomie financière aux pays d'Amérique latine et de financer les grandes infrastructures intrarégionales. La Banque du Sud devrait être opérationnelle dès juin. Le capital initial, 7 milliards de dollars, viendrait du Venezuela, mais aussi d'autres pays qui ont constitué de grandes réserves grâce au boom des exportations ces dernières années.

Le retrait vénézuélien risque-t-il de faire cas d'école? Charles Wyplosz rappelle que l'Equateur vient d'expulser le représentant de la BM. Il ne voit toutefois pas d'actes de défaillance généralisés dans la région. Plusieurs pays, dont le Brésil, l'Argentine et l'Uruguay ont déjà remboursé leurs dettes au FMI, sont très critiques à son encontre, mais n'ont pas demandé leur exclusion.