En deux décennies, la perception du fitness a changé. L'image d'Epinal du balèze brutal aux bras musclés qui s'échine à soulever des tonnes de fonte fait désormais partie du passé. La clientèle est aujourd'hui transversale, incluant toutes les couches de la population. Dans un marché helvétique très disputé et atomisé, Silhouette Holding avance ses pions. Le groupe dispose de vingt-deux centres, dont quatre à Zurich. Un cinquième devrait voir le jour cette année encore. «Une implantation qui aura coûté au total 12,5 millions de francs», explique Raoul Walther, administrateur de la société, née du rachat en mars 2003 de l'exsangue Silhouette Health & Fitness.

En Suisse, le groupe, dont le nom des actionnaires est tu, estime avoir fait le plein, même s'il pourrait encore s'étendre au gré des opportunités. A Genève, où il dispose de onze centres (quatre dans le canton de Vaud), un nouveau site ouvrira toutefois en avril, à la rue de Lyon. La société est également en lice pour exploiter un deuxième centre pour la multinationale américaine Procter & Gamble. Mais la Suisse n'est plus la priorité du groupe. Depuis qu'il a repris l'an passé une salle à Bruxelles au Club Med, Raoul Walther regarde au-delà des frontières. Prochaine étape la France, avec l'implantation d'un centre sur l'esplanade de la Défense à Paris.

«Ce pays a un énorme potentiel», selon l'administrateur. Seul 1,5% des Français s'adonne à cette activité, contre près de 4% des Belges et 6% des Suisses. Cinq autres ouvertures devraient suivre dans la Ville-Lumière. Dans un premier temps, la société souhaitait reprendre les 17 centres du Club Med, mais le groupe français a finalement décidé de les garder dans son portefeuille. Et après? Le Fribourgeois Raoul Walther, 46 ans cette année, ne cache pas son intérêt pour l'Allemagne, où des tractations sont en cours.

Migros progresse de 6,3%

Avec un chiffre d'affaires compris entre 22 et 25 millions de francs, Silhouette Holding revendique la place de numéro un suisse au niveau des sites. En ce qui concerne la clientèle, c'est Migros qui tient la corde. Le géant orange compte 51000 membres pour quinze centres. Le numéro un suisse du commerce de détail a réalisé dans ce secteur des ventes de 67,5 millions de francs l'an passé, en hausse de 6,3% par rapport à 2005, relate Attila Kocsis, de Migros. En 2008, trois nouveaux sites devraient voir le jour.

Si les deux leaders, ainsi que Kieser (spécialisé dans la musculation thérapeutique et préventive), tirent leur épingle du jeu, il en va un peu autrement pour les petits acteurs, qui ne disposent pas de possibilités d'économies d'échelle. Une récente étude démontre par ailleurs que des clubs souffrent de désertion. Ainsi, 25% des nouveaux membres délaisseraient les salles de musculation six mois après leur inscription. Une érosion dont ne souffrirait pas Silhouette Holding. «Notre taux de renouvellement des abonnements après une année est de 60%», selon Raoul Walther, qui explique notamment le succès de sa chaîne par la présence sur chaque site d'une crèche et de zones d'eau (sauna, jacuzzi et bains).

La profession doit toutefois faire face à une forte saisonnalité, avec des pics au mois de janvier, suite aux agapes de fin d'année, et à la rentrée, en septembre. Cela n'empêche pas Maria Paul, de la Fédération suisse des centres fitness, de rester optimiste. «Avec une population de plus en plus obèse et un troisième âge qui ne veut pas vieillir mais rester fit, il est certain que l'avenir de la branche s'annonce positif.» Selon la définition retenue, la Suisse compte entre 500 et 700 centres de fitness.