Energie

Le nouvel empire d’Elon Musk sème le doute

Tesla veut racheter SolarCity pour 2,7 milliards de francs. Cette diversification dans les panneaux solaires, alors que Tesla perd toujours de l’argent, inquiète les investisseurs

Plus de 575 millions de dollars envolés en une annonce, soit 552 millions de francs. Voilà la somme perdue personnellement par Elon Musk en annonçant, dans la nuit de mardi à mercredi, la volonté de Tesla de racheter SolarCity. L’entrepreneur, détenteur de 23% des actions de SolarCity, a gagné 140 millions de dollars via le bond du titre de 23% dans les échanges hors bourse. Mais au même moment, Tesla, dont Elon Musk détient 26,5% du capital, chutait de 10%, lui faisant perdre 715 millions de dollars.

Si l’on parle de fortune personnelle, c’est que l’affaire est centrée sur l’entrepreneur. Mais aussi sur sa famille. SolarCity, numéro un américain de la pose de panneaux solaires sur le toit des villas, est dirigé par le cousin d’Elon Musk, Lyndon Rive. Outre-Atlantique, si ces liens familiaux suscitent des questions, c’est plus globalement la stratégie d’Elon Musk qui est mise en doute. Sa volonté de créer un empire de l’énergie en combinant deux sociétés déficitaires (SolarCity a perdu 283 millions de dollars au premier trimestre 2016) inquiète les investisseurs. Mercredi, Tesla ouvrait ainsi en baisse de 8% à 203 dollars.

«Une seule visite»

Tesla veut ainsi débourser jusqu’à 2,7 milliards de francs pour SolarCity. La société a vu son action s’effondrer de 50 à 21 dollars entre décembre 2015 et mardi. Dans une téléconférence, Elon Musk s’est défendu de vouloir protéger son investissement ou venir en aide à son cousin. Pour l’entrepreneur, le timing est juste et l’investissement a du sens. «Je ne crois pas que cela crée un risque financier supplémentaire pour Tesla, a-t-il déclaré mardi soir. Cela accroît les possibilités pour les deux entreprises.» Elon Musk s’est montré plus précis: «Plutôt que de faire trois trajets pour acquérir un chargeur pour une voiture, des panneaux solaires et une batterie domestique, une seule visite dans un magasin suffira.»

Depuis quelques mois, Tesla vend en effet une batterie, baptisée PowerWall, capable de stocker l’électricité produite par des panneaux solaires. Dans une analyse, Bloomberg relevait mercredi qu’en plus des économies d’échelle à venir, le fait de vendre ces appareils sous une marque unique pourrait être bénéfique à la future société.

Risque de déconcentration

Si Elon Musk affirme que l’intégration de SolarCity est «une chose évidente», tous ne sont pas du même avis. D’abord du point de vue financier. Tesla construit actuellement une usine de batteries en Arizona, dont le prix final atteindra 5 milliards de dollars. La société a levé il y a quelques semaines plus d’un milliard de dollars pour financer ses activités courantes, et il n’est pas exclu qu’elle doive se refinancer d’ici à la fin de l’année. Tesla doit devenir rentable en 2020 et aucune date n’a été avancée pour SolarCity. De plus, cette dernière fait non seulement face à une concurrence de plus en plus féroce, notait mercredi le Wall Street Journal, mais aussi à la baisse des subventions étatiques pour l’installation de panneaux solaires sur les toits.

L’autre question que pose ce rachat concerne la gestion de l’entreprise. «Idéalement, Tesla devrait se concentrer sur Tesla, en construisant des voitures et en les développant. Il y a le risque que ce rachat déconcentre la direction et étrangle financièrement Tesla, qui va continuer à nécessiter beaucoup de cash», estimait mercredi un analyste cité par Reuters. En face, Elon Musk a assuré que ce rachat n’aurait aucun impact négatif sur le lancement du futur véhicule Model 3, annoncé pour fin 2017 à un premier prix d’environ 35’000 dollars.


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