Le FMI renforcé

«Le FMI est de retour.» Directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn a poussé un cri du coeur, et d’orgueil, peu après la fin de la réunion du G20. «Tous les paragraphes importants du communiqué parlent d’une manière ou d’une autre du FMI», s’est-il vanté.

Cette institution créée en 1945, et symbole d’une certaine manière de voir l’économie, va faire sa petite révolution pour devenir un véritable soutien des pays pauvres. Première étape, une hausse considérable de ses ressources. Il était question qu’elles doublent, elles vont tripler, de 250 milliards de dollars à 750 milliards. Une première tranche sera constituée des 100 milliards apportés chacun par le Japon et l’Union européenne, plus quelque 40 milliards par la Chine, a annoncé Gordon Brown. Une deuxième phase de renforcement suivra.

Le FMI doit aussi simplifier l’accès au crédit. «C’est un peu comme aller chez le dentiste», racontait un chef d’Etat africain à un officiel britannique. Le FMI a déjà ouvert la marche en ouvrant il y a quelques semaines des lignes de crédit flexibles. Le Mexique en bénéficie d’ailleurs à hauteur de 50 milliards depuis mercredi.

Ces ressources supplémentaire sont complétées par l’émission de Droits de tirage spéciaux, la devise du FMI qui était tombée en désuétude, pour 250 milliards de dollars. Au moins 90 milliards iront aux pays à bas revenu, a assuré Gordon Brown. Le premier ministre britannique a en outre indiqué que le FMI participera à cet effort financier en vendant une partie de ses réserves d’or. De quoi dégager 6 autres milliards.

Le changement n’est pas que monétaire. Le FMI devrait préparer une nouvelle réforme de ses droits de vote, qui contraignent fortement des économies devenus majeures, comme la Chine. La date limite est fixée à janvier 2011. La Banque mondiale, une autre institution de Bretton-Woods, aux funérailles duquel on assistait, révisera aussi son fonctionnement.

Dominique Strauss-Kahn s’est aussi réjoui du rôle de surveillance des «économies et secteurs financiers» des économies du G20 confié au FMI.

La finance sous contrôle

Inconnu du grand public il y a seulement quelques mois, le Forum de la stabilité financière apparaît comme l’autre institution gagnante du jour. Cette structure, créée en 1999 en réponse à la faillite du hedge fund LTCM, ne compte qu’un secrétariat d’une vingtaine de personnes, hébergé à Bâle à la Banque des règlements internationaux. Présidé par Mario Draghi, le président de la Banque d’Italie, le FSF est un puissant réseau d’institutions de surveillance de la finance d’une douzaine de pays, auquel appartient la Banque nationale suisse.

Dans leur communiqué, les pays du G20 écrivent reprendre ses travaux pour créer une nouvelle régulation de la finance. Son mandat va s’élargir et ses rangs s’ouvrir à tous les pays du G20, plus l’Espagne et l’Union européenne. Le forum va se transformer en Conseil de la stabilité financière (FSB), que d’aucuns pourraient qualifier de gendarme mondial de la finance.

Réformer les exigences de fonds propres des banques (à discuter avant la fin de l’année), revoir les systèmes de rémunération, collaborer avec le FMI comme système d’alarme, changer les normes comptables, les agences de notation... la tâche qui lui est confiée est herculéenne. Il recevra le soutien des ministres des finances du G20, chargés de s’assurer que le plan d’action décidé hier sera appliqué.

Philip Hildebrand, numéro deux de la BNS, a d’ailleurs dirigé un groupe de travail sur les rémunérations et bonus des financiers. «Trop peu d’attention a été consacrée aux liens entre rémunération et risque», écrivait hier soir le FSF dans un communiqué. Il faut «aligner les incitations des employés avec la rentabilité à long terme des entreprises», détaillait-il, sans aller jusqu’à promettre un malus aux traders en cas de pertes.

«Le FSF est resté discret pendant longtemps», décryptait un spécialiste suisse des organisations financières. Le voici qui devient «un outil de pression sur la coordination internationale».

Le commerce, troisième pilier

Pour relancer l’économie avec succès, il ne suffit pas de déverser des «trillions» de dollars ou de réformer la finance. Il faut aussi soutenir le commerce, a martelé le G20. Pascal Lamy, directeur de l’Organisation mondiale du commerce devra surveiller que les mesures prises dans le monde ne soient pas «proctionnistes». «Nous jouerons le jeu de la délation («name and shame»)», n’a pas hésité à affirmer Gordon Brown.

Et comme la planche à billets tournait à plein régime à Londres, le G20 a ajouté «s’assurer qu’au moins 250 milliards de dollars seront disponibles au cours des deux prochaines années pour soutenir le financement du commerce», qui connaît un véritable «assèchement».

Enfin, Barack Obama comme Gordon Brown, et le communiqué final, ont rappelé leur engagement à conclure le cycle de Doha, dont le monde a «urgemment» besoin.