Les autorités chinoises ont donné leur feu vert fin décembre, un peu par surprise. Swissair peut désormais voler directement de Zurich à Shanghai trois fois par semaine. La ligne ne sera toutefois opérationnelle qu'à partir de mars 2002. Elle complétera les cinq vols hebdomadaires sur Pékin. Les responsables de l'administration de l'aviation civile chinoise (CAAC), qui distribuent habituellement les droits de vols au compte-gouttes, ont marqué par ce geste leur volonté de conserver Swissair sur leur sol. La compagnie suisse avait en effet annoncé quelques mois auparavant son intention de mettre un terme à sa liaison Pékin-Shanghai, déficitaire, et d'abandonner la capitale économique chinoise si elle n'obtenait pas de vols directs vers cette destination.

Vols quotidiens espérés

L'ancienne direction de Swissair a évidemment accepté la nouvelle offre chinoise, juste avant d'être décapitée en début d'année. Du coup, la bonne nouvelle est passée aux oubliettes. «Pékin et Shanghai auront une grande valeur dans le portfolio de Swissair lorsqu'il s'agira de négocier de nouvelles alliances mondiales», estime pourtant Markus Schmid, le directeur du bureau de la compagnie à Pékin. Un exemple? Le groupe One World de British Airways: la compagnie britannique n'a pas de vols sur la Chine et son partenaire Finnair n'a que des vols sur Pékin. Swissair permettrait de concurrencer Lufthansa et Air France sur Shanghai.

Markus Schmid espère qu'en 2005, Swissair aura des vols quotidiens vers les deux métropoles chinoises. Une ligne devient profitable à partir de cinq vols hebdomadaires. Et chaque vol supplémentaire diminue proportionnellement les coûts. C'est notamment le cas du survol de la Sibérie, pour lequel Swissair doit payer chaque année la somme fixe de dix millions de francs à la Russie. Le vol Zurich-Pékin, dont le taux d'occupation atteint 80%, sera rentable dès la suppression du prolongement actuel de la ligne sur Shanghai. Depuis son ouverture en 1975, le vol de Pékin n'est entré dans les chiffres noirs qu'à deux reprises. Quant aux vols directs sur Shanghai, il faudra encore attendre quelques années pour trouver un équilibre. Mais les deux villes promettent de devenir très intéressantes lorsque la Chine et l'Europe trouveront un terrain d'entente pour laisser sortir les millions de touristes chinois. Cela fait des années que la compagnie suisse demandait en vain ces droits de vols directs sur Shanghai. Qu'est-ce qui a tout à coup décidé les autorités chinoises? «L'image de Swissair en Chine est très positive, explique Markus Schmid. Et il est clair également que le nouvel aéroport de Shanghai à Pudong (dont les taxes d'atterrissage sont les plus élevées du monde) a besoin d'argent.» En 1999, le président de Swissair, Hannes Goetz, avait accompagné le ministre de l'Economie, Pascal Couchepin, pour plaider sa cause auprès des plus hautes autorités chinoises. Il estimait alors qu'une telle décision avait aussi un «fort caractère politique».