Commerce

La nouvelle carte du monde, vue de Pékin

La Chine accueille, du 25 au 27 avril, le deuxième forum sur la nouvelle Route de la soie. Lancée en 2013, l’initiative a fini par s’imposer comme un grand projet d’infrastructures pour relier l’Empire du Milieu à l’Europe, au reste de l’Asie, au Moyen-Orient et à l’Afrique. Pékin a promis plus de transparence et de consultations avec les 150 pays partenaires

Une quinzaine de trains chargés d’énormes conteneurs quittent chaque semaine la gare de Chongqing, à 1500 kilomètres au sud-ouest de Pékin, traversent le Kazakhstan, la Russie, la Biélorussie et la Pologne avant d’arriver à destination à Duisburg, ville portuaire sur le Rhin, dans la région industrielle de la Ruhr allemande. Le parcours de 10 000 kilomètres dure dix jours. Les trains amènent des marchandises chinoises, notamment électroniques, et repartent avec des produits européens: lait, pièces automobiles, machines-outils, produits chimiques ou encore du vin.

Ouverte en 2014, la ligne Chongqing-Duisburg n’est qu’un fragment de l’immense projet d’infrastructures baptisé la nouvelle Route de la soie. Lancé en 2013 par le président chinois Xi Jinping, il comprend un réseau de routes et de voies ferrées (anciennes et nouvelles) ainsi qu’une voie maritime qui relie la Chine à l’Europe en passant par l’Asie centrale, l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique. Le coût de l’investissement est estimé à 1000 milliards de dollars et le projet lui-même devrait durer au moins une dizaine d’années.

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Vives critiques

Tel est le contexte dans lequel Pékin accueille, du 25 au 27 avril, le deuxième forum de la Route de la soie en présence d’une quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement et des représentants de 150 pays. Sans oublier les organisations intergouvernementales comme le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et autres banques et organisations de développement.

Pékin se félicite déjà du succès de la manifestation. La raison à cela est que la première édition, en 2017, n’avait réuni qu’une quarantaine de pays. Autant dire que les doutes étaient vifs quant aux ambitions politiques et économiques chinoises, de même que sur les coûts et risques d’endettement pour les pays parties prenantes. Les critiques mettent toujours en exergue le manque de consultation et de transparence autour des infrastructures liées à la nouvelle Route de la soie. Ils relèvent que de nombreux projets ont été contestés, annulés ou renégociés, notamment au Sri Lanka, en Malaisie, au Pakistan, en Ethiopie.

Chercher plus de consensus

Pékin ne nie pas les problèmes. Selon Geng Wenbing, ambassadeur de Chine en Suisse, l’objectif du forum de ce week-end est de dégager davantage de consensus axé sur le respect, l’équité, la justice. «Après avoir développé durant six ans de multiples projets, il faut décider des nouvelles priorités, discuter de nouveaux mécanismes de coopération», a-t-il confirmé au Temps.

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La Suisse est représentée à Pékin par son président, Ueli Maurer. En effet, elle signera un protocole d’accord concernant les marchés tiers qui permettrait de développer la collaboration sino-suisse. Que ce soit en matière de commerce, d’investissement et de financement de projets sur les tracés de la nouvelle Route de la soie, plus particulièrement dans les pays d’Asie centrale qui font partie du club suisse au sein du Fonds monétaire international.

Le dilemme européen

Quasi absente de la première édition du forum, l’Union européenne sera fortement représentée, même si c’est en ordre dispersé. Officiellement, Bruxelles qualifie la Chine de «rival stratégique». Mais, en quête d’investissements, plusieurs pays (d’Europe de l’Est, Portugal, Italie, Grèce) participent à la nouvelle Route de la soie.

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Les grands absents sont les Etats-Unis et l’Inde. «C’est un stratagème politique et géostratégique de la part du gouvernement chinois qui consiste à s’immiscer dans la politique des pays et à faire progresser les options d’implantation de bases militaires sous couvert de l’aide au développement», a récemment critiqué un haut responsable américain. Quant à l’Inde, qui a des différends frontaliers avec Pékin, elle rejette la nouvelle Route de la soie, notamment en raison d’un projet routier dans le Cachemire pakistanais qu’elle estime être le sien.

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