L'administrateur de faillite de Jomed a demandé à la Bourse suisse SWX la décotation de cette entreprise de technologie médicale pour fin septembre. La commission d'admission de SWX étudie cette demande, sur laquelle elle entend se prononcer «dans le courant du mois». Normalement, une telle requête doit être faite au moins trois mois avant le dernier jour de transactions prévu, mais SWX doit également tenir compte de la situation particulière d'une entreprise en faillite.

Jomed a récemment vendu à la société américaine Abbott Laboratories la plus rentable de ses unités de recherche et de production, celle vouée aux activités pour les interventions coronaires et périphériques, particulièrement réputée pour la mise au point de stents (tubes grillagés permettant d'écarter des parois trop resserrées de vaisseaux sanguins). Devenue effective le 30 juin, cette transaction lui a rapporté 60 millions d'euros en liquide, ainsi que la reprise par Abbott de dettes à concurrence de 23 millions.

Jomed possède encore deux entités fort actives, dont l'une est consacrée aux techniques d'ultrason pour le traitement de maladies vasculaires, alors que l'autre est au service de la chirurgie cardiaque. Selon son administrateur de faillite, les négociations pour la vente de ces unités sont très avancées. La transaction pourrait être conclue dans les semaines qui viennent. La disparition de l'entreprise est donc programmée.

L'évolution des cours de Bourse montre qu'au-delà de brefs soubresauts (notamment lors de l'annonce de la vente à Abbott), l'action Jomed a perdu près de 100% de sa valeur en 12 mois. Pour l'entreprise de technologie médicale, qui bénéfice d'une excellente réputation industrielle, la descente aux enfers a commencé en janvier de cette année, par l'annonce d'une manipulation comptable.

Faillite prononcée en mai

L'examen approfondi des comptes pour 2001 et 2002 a ensuite révélé des falsifications notables du chiffre d'affaires et des revenus. Les comptes rectifiés révélaient que 2001 s'était soldé par une perte (opérationnelle et nette) et le bouclement pro forma pour l'année 2002, publié ces derniers jours par l'administrateur, annonce une perte de 315 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 161 millions. La perte opérationnelle avant amortissement du goodwill (EBITA) est chiffrée à 131 millions d'euros et l'amortissement du goodwill à 165 millions. Dans l'hypothèse d'une continuation des affaires, les réviseurs ont estimé les actifs à fin 2002 à 187 millions d'euros.

Des procédures civiles et pénales ont été engagées contre les managers responsables, l'ancien CEO Tor Peeters et l'ancien chef des finances, Antti Ristoinmaa.

Du fait de l'intransigeance de deux opérateurs américains exigeant le remboursement immédiat de deux emprunts convertibles totalisant 37 millions d'euros, la faillite de Jomed, après un sursis concordataire accordé en janvier et prolongé en mars, a été prononcée en mai, malgré un accord potentiel avec les banques créancières et une offre suisse de crédit de 55 millions d'euros lié à des options.