La nouvelle Route de la soie

Asie La Chine deviendrait la première puissance mondiale. Mais cette projection statistique masque de vastes problèmes structurels

Si la Chine est de loin le premier pays du monde démographiquement, avec environ 1,35 milliard d’habitants, le taux de croissance de la population n’est que de 0,47%, ce qui place la Chine au 159e rang d’après la Banque mondiale. L’instaurationm en 1979, de la politique de l’enfant unique s’est traduite par un ralentissement brutal du taux de natalité, ce qui pèsera inéluctablement sur le potentiel économique. Pour compenser les effets de la récession mondiale de 2008-2009, la Chine a décidé d’un formidable plan de relance interne, essentiellement tourné vers l’investissement, qui s’est traduit par une forte hausse de l’endettement public et privé.

Les collectivités portent directement ou indirectement une large part de cet endettement. De plus, le ralentissement économique affecte les recettes fiscales et fragilise la structure financière des entités publiques.

Afin de financer leurs dépenses d’investissement, les collectivités et promoteurs immobiliers ont fait appel au «shadow banking», circuits de financement parallèles. Ces entreprises non bancaires se financent à leur tour en émettant des produits d’épargne à court terme, ce qui permet d’échapper aux contrôles sur le crédit. Ces circuits peu transparents sont un terreau favorable à la corruption.

A l’occasion de la nomination du nouveau comité du Politburo en 2012, la nouvelle équipe dirigeante a dessiné un plan d’action à caractère réformiste qui vise à soutenir la croissance chinoise dans la durée et permettre d’éviter une nouvelle crise financière.

Le chemin est néanmoins étroit car tout ralentissement brutal de l’activité gonflerait les défauts d’entreprises et se répercuterait sur le bilan des banques avec une hausse brutale de l’encours de prêts douteux. Or, ces différentes mesures ont pesé sur la croissance, qui s’établit aujourd’hui plus près des 7% que de la moyenne de 10% qui prévalait de 1980 à 2012. Il semble toutefois que les autorités fassent désormais preuve d’une plus grande tolérance quant au respect de l’objectif de croissance.

La Chine dispose d’une grande marge de manœuvre. Ses réserves de change s’élèvent actuellement à 3,89 trn d’USD et le pays commence à devenir un investisseur important à l’étranger. A l’occasion du Forum de la coopération économique en Asie-Pacifique à Pékin, le président Xi a annoncé son intention d’investir 1,25 trn d’USD à l’étranger au cours des dix prochaines années, ce qui fera de la Chine le deuxième plus gros investisseur mondial derrière les Etats-Unis. Ces investissements visent à renforcer le potentiel économique à long terme du pays. A titre d’exemple, Xi prévoit de construire la nouvelle Route de la soie, à savoir un plan de 40 mds d’USD de construction de routes, de voies ferrées, de ports et de réseaux de transmission d’électricité en Asie centrale, du Sud-Est et dans le Moyen-Orient.

Sur le plan du taux de change, le mouvement continu d’appréciation est arrivé à son terme. La banque centrale a voulu casser les anticipations de hausse du RMB en provoquant, en février dernier, une correction de 3%. Depuis, le RMB s’est à nouveau apprécié face au dollar – sans toutefois revenir sur ses plus hauts du début d’année. La stabilité de la parité face au dollar est le scénario le plus probable en 2015, sans exclure la possibilité d’un repli ponctuel du yuan, si l’ampleur du ralentissement économique devait justifier de faire de la devise un stabilisateur macroéconomique.

Le compte de capital reste encore largement fermé aux investisseurs non résidents, ce qui restreint les instruments financiers accessibles aux titres (actions, obligations) traités principalement à Hongkong. Toutefois, l’ouverture récente du marché de Shanghai aux investisseurs non résidents donne accès à un éventail plus important de sociétés uniquement cotées en Chine continentale.

Le marché actions chinois est redevenu très attractif, avec des valorisations nettement inférieures à leur moyenne historique (P/E 2014 de 9,1 contre 13,0 pour la moyenne des 10 dernières années). Pour notre part, compte tenu de l’étendue du programme de réformes, de la réduction des déséquilibres dans l’économie, du relais de croissance que représente la nouvelle Route de la soie, nous considérons que cette décote est appelée à se résorber progressivement ces prochaines années.

* Chief Investment Officer, Société Générale Private Banking (Suisse) SA

Dans le secteur privé, le total de l’endettement chinois dépasse désormais 200% du PIB