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La nouvelle Route de la soie sera durable

* Fondateur et directeur général d’Impact ­Economy, une entreprise globale d’investissement et de stratégie d’impact dont le siège est à Lausanne. Dans une série d’articles, il examine ce qui se passe le long de la nouvelle Route de la soie en Asie

Un nouveau modèle permettant de créer des chaînes de production durables et compétitives pour les marchés de l’industrie du textile, du vêtement et du luxe, évalués à 3 bil­lions de dollars et actuellement confrontés à une hausse des attentes environnementales et sociales, est nécessaire et possible.

S’étendant sur plus de 6000 kilomètres, cet itinéraire historique a joué un rôle prépondérant dans le développement de la Chine, du sous-continent indien, de la Perse, de l’Arabie et de l’Europe depuis le IIIe siècle avant J.-C. jusqu’à l’émergence des routes commerciales maritimes au XIVe siècle. Depuis lors, notre monde a considérablement changé. Mais les 7 milliards d’habitants que compte actuellement notre planète ont encore et toujours besoin de s’habiller, ils veulent le faire avec style, exprimer qui ils sont, et dans certains cas gagner leur vie dans le domaine de la mode. A l’instar de son rôle durant l’âge d’or de la Route de la soie, le commerce du textile va continuer d’être un facteur décisif pour le développement économique mondial.

De nos jours, l’industrie de l’habillement est sur le point d’atteindre son prochain stade de transformation. L’habillement moderne, autant aimé que haï, a été un catalyseur pour le développement et l’industrialisation dès le début de la révolution industrielle au Royaume-Uni, il y a plus de 250 ans. Aujourd’hui, cette industrie est estimée à 3 billions de dollars et englobe la fabrication et la vente de textiles, de vêtements et d’articles de luxe. Cependant, elle est réputée pour ses conditions de travail déplorables et son importante pollution environnementale.

L’effondrement de l’usine de Rana Plaza au Bangladesh, le 24 avril 2013, a déclenché une réévaluation de la durabilité de l’industrie. Au Bangladesh et dans d’autres pays de production, l’industrie de l’habillement est le principal facteur de croissance du PIB. Il a ainsi joué un rôle important en réduisant d’un tiers la pauvreté au Bangladesh depuis les années 1990. De fait, l’industrie locale est devenue un pilote pour comprendre comment développer des fabriques d’habillement durables dans les marchés émergents. Il s’agit d’un véritable défi tant l’apparition de la mode rapide augmente la pression sur les producteurs afin qu’ils travaillent vite et à bas coûts. En même temps, une durabilité accrue des chaînes de production devient une nécessité pour rivaliser entre les lieux de production.

Afin de mettre en perspective les différents points de vue, opportunités et défis rencontrés par cette industrie, Impact Economy – une entreprise globale d’investissement et de stratégie d’impact – a publié un nouveau rapport intitulé «Creating Sustainable Apparel Value Chains», disponible en anglais, bengali, birman et japonais. Basée sur un travail d’investigation mené auprès de plus de 730 acteurs et plus de 200 rapports, cette recherche présente de manière factuelle les perspectives pour des chaînes de production durables dans l’industrie de l’habillement. Elle décrit les principales conditions-cadres nécessaires afin de pouvoir créer de telles chaînes en Asie et ailleurs.

Dans cette série exclusive pour Le Temps, nous aborderons les principaux résultats et mettrons en évidence leurs influences sur les chaînes de production durables d’habillement le long de la nouvelle Route de la soie. Il existe une réelle opportunité d’augmenter les performances sociales et environnementales de cette industrie, sans pour autant entraver sa compétitivité. Par la seule mise à niveau des fabriques, il est possible d’économiser jusqu’à 20% d’intrants chimiques, 40% d’énergie et 50% d’eau.

Durant l’Antiquité et le Moyen Age, la Route de la soie était importante au niveau tant culturel qu’économique. Cet axe commercial était au centre de l’interaction entre l’est et l’ouest, reliant plusieurs régions du continent asiatique avec le Moyen-Orient et l’Occident. De nos jours, les commerçants, moines, nomades, pèlerins et soldats ont été remplacés par des conteneurs sur les routes maritimes et des commandes numériques sur des écrans d’ordinateur. Avec la réémergence de l’Asie, une grande partie de l’avenir durable de l’industrie de la mode va se jouer dans cette région du monde. Cette série bimensuelle se penche sur ce qui se passe le long de la nouvelle Route de la soie asiatique et démontre ce qu’il est possible d’entreprendre afin d’améliorer la situation:

– Créer des chaînes de production globales pour le futur de la mode. La prochaine partie décrit l’état de l’industrie et les tendances clés façonnant un monde sur le point d’atteindre une population de 8,3 milliards de personnes, avec notamment une classe moyenne consommatrice en pleine expansion.

– Après Rana Plaza – Construire le futur de l’habillement au Bangladesh. La troisième partie décrit la situation un an après l’effondrement du bâtiment Rana Plaza à Dacca, qui a tué tragiquement 1133 travailleurs, et présente ce qu’il est nécessaire d’entreprendre maintenant.

– Birmanie – La nouvelle frontière de l’habillement en Asie. La quatrième partie examine un autre lieu clé de la nouvelle Route de la soie: la Birmanie. Le pays préside actuellement l’Asean et se prépare à une croissance importante, qui devra être gérée de manière responsable.

– Cambodge – Le chemin nécessaire pour un futur durable. La cinquième partie s’intéresse au Cambodge, où de récentes émeutes de travailleurs ont mis en évidence les limites du modèle actuel.

– Chine – Le leader de l’industrie de l’habillement et les chaînes de production transparentes. La sixième partie explore les profondeurs de la Chine, le plus grand exportateur d’habillement au monde et le futur marché principal de l’industrie du luxe.

– Le Japon et l’avenir des marchés de la mode. La dernière partie se déplace des marchés de production aux marchés de consommation et explore le plus grand marché de la mode en Asie: le Japon. Les développements locaux montrent comment des chaînes de production durables peuvent devenir une source d’avantages comparatifs à l’heure où la génération Y grandit.

L’effondrement de l’usine de Rana Plaza au Bangladesh, le 24 avril 2013, a déclenché une réévaluation de la durabilité de l’industrie