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La Chine a prévu un budget de 360 milliards de dollars d’ici 2020 pour les énergies renouvelables.
© JASON LEE

Un œil sur la place

Nouvelles énergies: Monsieur Propre est Chinois

La révolution énergétique demandera aux autorités des investissements massifs pour moderniser les infrastructures électriques et une revue complète de leurs sources de revenus

Si la Chine et les Etats-Unis sont les deux plus grands pollueurs de la planète, ces pays répondent à cette situation de façon bien différente. Alors que l’Amérique de Trump plonge la tête dans le sable en niant le réchauffement climatique et en sortant de l’Accord de Paris, l’Empire du Milieu a choisi de donner un grand coup de balai et d’investir massivement dans les énergies propres. Avec un budget de 360 milliards de dollars prévu d’ici 2020 pour les énergies renouvelables, la Chine est ainsi devenue le premier pays en termes d’investissements solaires et a dépassé les Etats-Unis en nombre de véhiculaires électriques ou hybrides.

Au niveau de l’offre dans le domaine des énergies renouvelables, cela se traduit non seulement par une augmentation massive des capacités de production des usines chinoises, mais également par des prises de participations dans le monde entier afin de développer le savoir-faire technologique, comme le montrent les accords entre Shanghai Electric et l’allemand Manz ou entre Tencent et Tesla.

Des progrès technologiques mais aussi financiers

Le progrès des énergies propres s’explique aussi par une évolution dans les technologies numériques, avec des innovations dans les semi-conducteurs et les techniques de conversion d’énergie, qui ont permis de notables gains d’efficacité énergétique, également dans des technologies anciennes. Par exemple, la suppression des boîtes de vitesses se traduit en un important gain de poids et donc en réduction de la consommation.

Par ailleurs, les progrès dans l’informatique et les télécommunications permettent désormais une gestion de l’énergie en temps réel. Mais le moteur le plus important, c’est sans doute le faible coût du capital disponible pour le développement de nouvelles technologies et la recherche, qui a créé un cercle vertueux incitant les banques à prêter plus pour ces projets.

L’accès à des capitaux bon marché est en effet crucial pour de nombreux projets. C’est ainsi que Tesla a pu emprunter 1,8 milliard de dollars à des conditions favorables pour financer son modèle 3. Cela s’est également traduit par la création de «yield co», ces structures financières permettant aux investisseurs de bénéficier de rendements élevés sans assumer le risque des activités opérationnelles permettant de lever des fonds importants.

Les énergies renouvelables sont désormais moins chères

Ces progrès ont permis aux énergies renouvelables de franchir un point d’inflexion majeur: elles ne dépendent aujourd’hui plus des subventions étatiques pour être compétitives. De fait, le coût actualisé de l’énergie montre qu’aujourd’hui l’électricité d’origine solaire ou éolienne est moins chère à produire que celle provenant du charbon, du pétrole ou du nucléaire. Appelé levelized cost of energy (LCOE), ce concept évalue le coût global de l’électricité sur toute la durée de vie de l’équipement qui la produit, en intégrant l’investissement initial et le coût de fonctionnement.

Après vingt ans de progression marginale, l’époque semble enfin mûre pour un réel changement de paradigme. Et les plus grands bénéficiaires de cette nouvelle ère seront avant tout les économies émergentes, qui auront pour la première fois accès à une énergie électrique bon marché.

Les implications sur le plan politique

Dans cette transition énergétique majeure, la grande inconnue demeure les implications politiques. En effet, les services publics vont devoir investir massivement pour moderniser les infrastructures du réseau électrique, afin de prendre en compte cette production plus volatile, dont l’importance va augmenter significativement dans les dix prochaines années.

On estime ainsi que dans l’UE, elle devrait croître de 44% pendant cette période. Ce chiffre est d’ailleurs conservateur quand on sait que plusieurs pays, dont l’Allemagne, la France et les Pays-Bas, ont annoncé l’abandon des voitures à essence ou diesel d’ici 2030 ou 2040. L’infrastructure pour le chargement des batteries des voitures électriques devrait ainsi coûter quelque 13 milliards de dollars au cours des douze prochaines années.

Un impact sur les finances publiques

Si les bénéfices de cette révolution pour l’environnement sont clairs, le passage à une énergie propre et décentralisée ne sera pas sans conséquences sur les finances publiques. En effet, la disparition des voitures à essence signifiera la perte proportionnelle des taxes sur le carburant, qui rapportent toute de même chaque année quelque 4,7 milliards de francs à la Confédération.

De même, l’augmentation du car sharing (partage de véhicules) devrait entraîner une baisse du nombre d’immatriculations et donc des impôts annuels sur les véhicules. Enfin, l’avènement des voitures autonomes pourrait réduire matériellement les revenus liés au stationnement ou aux infractions de la circulation routière.

Les autorités, qu’elles soient fédérales, cantonales ou communales, devront donc trouver ailleurs leurs sources de financement. Mais l’enjeu est de taille, car c’est à ce prix que nous arriverons à effectuer notre transition énergétique rapidement.

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