Quand il fallut reconstruire l'Allemagne après la Deuxième Guerre mondiale, les droits des employés à participer à la vie de leur entreprise furent étendus comme nulle part ailleurs en Europe. La création de comité de surveillance et de comité d'entreprise était encouragée par une législation spéciale. Avec le temps, la mise en pratique de ce principe national prit des formes très variées, comme l'a constaté une commission de sages. Ses recommandations ont largement inspiré la révision législative projetée par le ministre du Travail Walter Riester.

«Le patronat peint le diable sur la muraille. Sa réaction traduit une crispation idéologique sur un thème sensible en Allemagne», déclare ainsi le Dr Norbert Kluge. Ce chercheur de Düsseldorf, qui dirige un Forum national sur la cogestion dans l'entreprise, participa à l'étude lancée conjointement par la Fondation Bertelsmann et la Fondation Hans Böckler. L'encadrement scientifique était assuré par l'Institut Max Planck pour la recherche sociale à Cologne. Une cinquantaine de sages avaient été choisis parmi les plus prestigieuses entreprises allemandes, dans les organisations syndicales et dans les instituts de recherche.

L'étude diagnostique un recul de la cogestion et s'en inquiète. En 1981, une entreprise sur deux en était dotée. En 1994, elles n'étaient plus que quatre sur dix. Les comités d'entreprise sont tout particulièrement absents des PME: en 1998, 4% des sociétés de 5 à 20 employés en avaient un, contre 28% des entreprises de 21 à 100 employés. En revanche, le CE est quasi la règle dans les entreprises de plus de 250 employés. Explications avancées: le développement de nouvelles formes de travail (intérim, temps partiel) et l'apparition de nouveaux secteurs d'activité ont desservi la cogestion initialement conçue pour des employés qui faisaient l'essentiel de leur carrière dans la même entreprise. Cette perte de vitesse est aussi à mettre en rapport avec la fréquentation en baisse des syndicats: 34,5% des actifs étaient syndiqués en 1991, contre 25,1% en 1999.

La cogestion, là où elle est pratiquée, a favorisé le développement d'une culture d'entreprise «coopérative» qui favorise l'innovation, estime l'étude. Elle a notamment permis de mieux appliquer dans les entreprises les conventions collectives négociées, de façon autonome, par les partenaires sociaux d'une branche. Elle a aussi mis beaucoup d'huile dans les rouages quand des entreprises devaient se restructurer. Les CE devenaient les meilleurs alliés des directions opérationnelles pour trouver des solutions acceptables ou souder les nouvelles équipes de travailleurs.

La cogestion a-t-elle favorisé le formidable retour à la prospérité de l'Allemagne dans les années 70 et 80? Sans doute, mais les effets directs ne sont pas mesurables, constatent les sages. «A contrario, souligne le Dr Norbert Kluge, il n'a jamais été constaté que la cogestion ait nui au développement d'une entreprise.»