La banque de demain

Les nouvelles pistes de la fintech suisse

Près de 200 sociétés font désormais partie de cette nouvelle branche économique qui redéfinit les services des banques et des assurances grâce aux nouvelles technologies. Les acteurs traditionnels sont de plus en plus actifs dans ce domaine à travers des partenariats

La fintech est, selon l’Université de Wharton, «une industrie composée d’entreprises qui emploient la technologie pour rendre le système financier plus efficient». C’est un secteur dynamique, innovant, et probablement disruptif pour les services financiers.

Une branche en fort développement

Les contours de la scène fintech suisse se précisent au fil des nouvelles études. Le rapport IFZ FinTech Study 2016 de la Haute Ecole de Lucerne dénombre 160 sociétés suisses. Un cinquième d’entre elles sont basées en Suisse romande. La carte fintech de Swisscom comprend pour sa part 185 sociétés. C’est avant tout un domaine en pleine expansion. Seules 10 sociétés appartenaient à la fintech en 2010, selon l’institut IFZ.

Les promesses de disruption de la finance mondiale attirent les investisseurs. 51% des financements de start-up en 2015 ont porté sur les services informatiques et la communication (y compris la fintech), selon le Swiss Venture Capital Report 2016.

500 millions investis en Suisse


Le dynamisme de la fintech suisse est mis en évidence par les 500 millions de francs investis dans ce domaine l’an dernier. Mais la Suisse n’est de loin pas le leader de ce domaine, qui a attiré 20 milliards de dollars d’investissements en 2015. New York et la Californie dominent devant Londres et ses 61 000 emplois dans la fintech répartis dans les lieux mythiques que sont Level 39 et le district de Shoreditch, rebaptisé «Silicon Roundabout». Quant à la fintech allemande, elle est plus de deux fois plus importante que la nôtre, selon Ernst & Young.

La disruption de la finance promise par cette branche suscite la curiosité des médias. Plus de 600 articles ont été écrits dans les journaux suisses sur la fintech en 2015. «Vous ne pouvez pas l’ignorer: la fintech traverse un boom», déclare à «FinTechnews» Marc P. Bernegger, l’une des personnalités les plus influentes de la branche.

Les premières fermetures et reprises

 

Le développement d’une industrie ne se lit pas uniquement dans l’augmentation du nombre des nouveaux acteurs. Le nombre d’échecs et de fusions peut être interprété comme signe de maturité de cette branche. Or les premières idoles mettent la clé sous la porte ou sont reprises. L’allemande Paymill, en insolvabilité provisoire en avril dernier, a par exemple été fusionnée cet été par la Lausannoise Klik&Pay, créée en 2000.


En Suisse, les plus grands acteurs indépendants sont Swissquote, Temenos, Avaloq et Leonteq.

Parmi les noms les plus connus de la scène suisse, on mentionnera les conseillers-robots TrueWealth, dans la gestion de fortune, le genevois Mobino dans les paiements, Moneypark dans les crédits, Swissquote dans le négoce, Monetas dans l’intégration des données, Moneyland et Comparis dans le financement.

Les grands groupes intègrent cette innovation

Les grands groupes investissent aussi dans la fintech, à travers des collaborations avec des start-up ou des rachats de jeunes pousses. Goldman Sachs a par exemple repris Honest Dollar et BlackRock le conseiller-robot Future Advisor, selon une étude d’UBS Evidence Lab.

La grande banque, qui participe à un conseiller-robot, SigFig, rejette l’idée de disruption de la finance. Elle indique, dans son rapport, que la multiplication des accords et projets de collaboration permettent aux banques non seulement d’être au cœur de l’innovation et de profiter de sa culture particulière, mais aussi de la contrôler. UBS Evidence Lab a réalisé un sondage montrant que 38% des banques ont signé des accords de coopération avec des sociétés de fintech. S’il ne s’agit pas de disruption, UBS promet tout au moins des gains de rentabilité. Les grandes banques collaborent entre elles sur des projets de fintech, par exemple dans la technologie Blockchain (stockage des données sur base décentralisée). C’est le cas au sein du consortium fintech R3 dans les processus de négoce financier, et qui regroupe les deux grandes banques ainsi que Goldman Sachs, JPMorgan et quantité d’autres.

Le débat sur la disruption dépend aussi de la catégorie de services dont on parle. Le sondage UBS indique que les banques s’attendent à une révolution dans les paiements, mais peut-être pas dans d’autres domaines.

L’assurance au sein de l'«insuretech»

Le secteur bancaire n’est pas le seul domaine d’application de la branche. L’assurance fait également l’objet d’un vif intérêt. Dans ce cas, les experts parlent d'«insuretech». Après Knip, à Zurich, c’est au tour de la plateforme Anivo, à Zoug, de faire parler d’elle et de signer un accord avec les CFF. Ces deux exemples de courtage d’assurance ne correspondent toutefois pas au désir de disruption. Elles cherchent à améliorer le service aux clients, mais ne remplacent pas les assurances. C’est davantage le cas avec la start-up Versicherix, laquelle promet d’être la première assurance de personne à personne (P2P).

La politique suisse ne semble guère soutenir ce développement. Christina Kehl, directrice de Swiss Finance Startups (SFS), exprime son étonnement: «Il est urgent que les autorités politiques s’engagent clairement en faveur de la fintech suisse et des start-up. Nous devons quitter les rangs des spectateurs pour devenir actifs au plan global», nous déclare-t-elle.


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