Revue des idées économiques

Les nouvelles pistes de l’«économie du crime»

L’économiste suisse sans doute le plus connu à l’étranger, Bruno S. Frey, critique la trop forte attention portée à la punition dans la gestion des crimes. Souvent il en résulte un jeu à somme négative pour la victime et l’auteur. Bruno S. Frey propose de nouvelles pistes.

Gary Becker est avec son article «crime et punition» , paru en 1968, le fondateur de l’économie du crime. Il s’appuie sur l’idée que les individus agissent en réponse aux changements de prix relatifs. Plus la punition est lourde et plus la criminalité baissera. L’économiste zurichois Bruno S.Frey critique cette position (1). Car trop fréquemment autant la victime que le coupable ressortent perdants de cette stratégie. C’est un jeu à somme négative pour la société, pour reprendre son expression.

L’économie a toutefois élargi son champ d’étude et intégré par exemple le coût psychologique de la punition, à travers l’effet sur la réputation par exemple. Une autre piste a été celle de la théorie dite de la fenêtre brisée ou de la sanction majeure d’une «petite» violation de la loi. Une pratique utilisée généralement par les gouvernements autoritaires.

Bruno S.Frey montre que la punition est souvent une solution sub-optimale. Il arrive que la punition ne soit pas un coût aux yeux du coupable mais un bénéfice. C’est le cas de l’attentat suicide. La punition peut aussi réduire les chances d’activités légales. Il est en effet plus difficile de trouver un emploi après une période de prison. L’économiste estime aussi que la punition peut encourager la prolifération d’activités criminelles: Plusieurs jeunes criminels apprennent en effet les techniques illégales en prison. Sans parler bien sûr du cas où la punition frappe les innocents. La stratégie de punition pour réduire la crimnalité rate enfin sa cible lorsqu’un individu viole la loi contre sa volonté. Cela peut être le cas d’un comptable qui n’est pas au fait de la loi. Son comportement ne sera pas influencé par une sanction.

Les alternatives à la punition existent pourtant. Des stratégies liées à une meilleure intégration sur le marché du travail ou une meilleure formation sont susceptibles de réduire la criminalité. Il existe ainsi divers systèmes d’incitations non-monétaires capables de réduire la criminalité. Bruno S. Frey cite les stratégies qui permettent d’échapper au milieu, à travers la création d’une nouvelle identité. Des récompenses pourraient être imaginées pour les citoyens qui paient leurs impôts à l’heure et sans jamais chercher à exploiter la complexité de la loi. L’idée centrale consiste à créer un jeu à somme positive.

L’économie du crime selon Becker part de l’hypothèse de préférences inchangées de la part de l’individu et de leur insensibilité à l’environnement. Bruno S. Frey attaque cette théorie sur ces deux points. Son message central consiste à projeter une société respectueuse de la loi. Car les préférences des individus sont susceptibles de changer dans le bon ou le mauvais sens. Si un individu a l’impression qu’une très grande majorité de citoyens paient ses impôts, il sera incité à les payer. Si après un dommage est causé aux murs d’une cité, les autorités devraient immédiatement procéder à la réparation. Ainsi, les chances de maintenir les infrastructures dans un bon état en seraient améliorées. Car l’individu ne cherche pas à dévier des normes sociales. Il faut donc garder l’environnement propre en ordre. Les autorités jouent un rôle majeur dans l’image de la société qu’ils entendent donner. Leur politique d’information est donc cruciale: L’individu répond aux «événements annoncés», selon Bruno S. Frey.

L’économie du crime s’est trop longtemps limitée à la punition et délaissé des stratégies alternatives. L’économie devrait emprunter d’autres pistes, notamment celles d’un «encadrement de l’image de la société».

(1) Punishment and beyond, Bruno S. Frey, CESifo, Working Paper 2706, 2009.

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