Economie, politique, société, culture, sport, sciences: les enjeux écologiques traversent toutes les strates de notre société. Comment passer de l’analyse à l’action? Quelle est la part de décisions individuelles et celles qui relèvent de choix politiques? Pourquoi la complexité du défi ne doit pas nous décourager?

Découvrez notre page spéciale d'articles et de vidéos sur le thème de la transition écologique.

Les nouvelles technologies sont-elles en train de dévorer à un rythme toujours plus rapide les ressources de notre planète? Ou au contraire, nous permettront-elles in fine de réduire notre empreinte carbone? La question se pose avec de plus en plus d’acuité alors qu’a débuté la quatrième révolution industrielle, comme l’a nommée dès 2017 le Forum économique mondial. A l’hyperconnectivité des individus s’ajoute celle des entreprises, affectant l’ensemble du processus de production, notamment via l’internet des objets. Le numérique s’infiltre dans tous les pans de la société pour augmenter l’efficacité de l’homme. Avec quelles conséquences pour la planète?

Intéressons-nous d’abord au secteur de la technologie en lui-même. Souvent montré du doigt pour la voracité énergétique de ses centres de données (les data centers), où sont désormais stockées toutes les informations du monde, il n’est en réalité pas si gourmand que cela. Les centres de données consommeraient au total 200 térawattheures par année, selon une récente estimation publiée par Nature. C’est certes davantage que la consommation énergétique que certains pays, comme l’Iran. Mais c’est aussi la moitié de l’électricité utilisée par le secteur du transport au niveau mondial et 1% de la demande globale en électricité. Toujours selon Nature, les centres de données sont responsables de 0,3% des émissions carbone, alors que le secteur entier des technologies de l’information en est responsable pour 2%. Soit à peu près le même niveau que le secteur du transport aérien.

A ce sujet: Les centres de données de Suisse romande se posent en bons élèves écologiques

Consommation pour l’heure stable

Pour l’heure, la consommation globale en électricité du secteur des technologies est stable, grâce à une amélioration massive de son efficacité – notamment parce que les nouveaux centres de données sont moins gourmands que les anciens, et qu’un centre de données consomme sensiblement moins que des dizaines de serveurs disséminés dans des entreprises. Mais l’explosion des monnaies virtuelles pourrait augmenter fortement la demande en électricité.

Lire aussi: Blockchain et intelligence artificielle: complémentarité et convergence

N’oublions pas, en parallèle, que le secteur technologique est aussi vorace, pour la production de batteries ou de composants de smartphones ou d’ordinateurs, en minerais rares. Des minerais souvent extraits dans des zones en conflit, notamment en Afrique, dans des conditions souvent déplorables, tant pour les travailleurs que pour l’environnement. De plus, à l’autre bout de la chaîne, les déchets électroniques ne cessent de s’accumuler, au rythme de quelque 50 millions de tonnes par an, selon l’ONU, avec seulement 20% des appareils qui sont recyclés. D’où, très souvent, des dommages majeurs à l’environnement.

A propos du marché de la téléphonie: Les téléphones chinois à l’assaut de la Suisse

Captation du CO2

Reste que la technologie peut contribuer à atteindre des buts en écologie. «Personne ne prétend qu’elle va tout résoudre, mais il faut reconnaître qu’elle peut jouer un rôle moteur. S’il est de bon ton aujourd’hui de critiquer la technologie, force est de constater qu’elle tient souvent ses promesses et parfois même les dépasse», estime Suren Erkman, professeur d’écologie industrielle à l’Université de Lausanne.

Des exemples? D’abord, la captation du CO2. «L’une des approches les plus prometteuses réside dans une famille de technologies regroupées sous le terme générique de NETS, pour Negative Emission Technologies, poursuit le professeur. Il s’agit de capter le CO2 soit dans des sources concentrées (cimenteries, centrales au gaz, à charbon, raffineries, etc.), soit directement dans l’air, pour le stocker et éviter qu’il ne s’accumule dans l’atmosphère. Le stockage peut se faire dans le sous-sol (stockage géologique), dans des écosystèmes (sols, forêts), et surtout dans l’économie.»

Pour Suren Erkman, ce dernier point est fondamental, car le CO2 peut servir de base pour fabriquer de nombreux produits ayant une valeur économique, un point crucial: p. ex. des polymères plastiques, des matériaux de construction, des molécules organiques pour l’industrie chimique et pharmaceutique, des carburants, etc.

Une interview de ce chercheur: Suren Erkman: «Le climat est instrumentalisé»

«Ecosystèmes artificiels clos»

Suren Erkman livre un autre exemple, celui de l’économie circulaire, thème à la mode depuis plusieurs années. Selon lui, on ne pourra atteindre ces objectifs qu’en développant, avec un cadre économique et politique adéquat, un ensemble de technologies permettant d’optimiser l’usage des matériaux et de l’énergie, en particulier par le biais d’installations technologiques expérimentales, les «écosystèmes artificiels clos». Ces systèmes technologiques de recyclage très performants ont d’abord été développés dans le contexte des missions spatiales habitées de longue durée. «Mais ces systèmes peuvent être adaptés aux conditions terrestres, moins drastiques, pour réaliser des systèmes de recyclage décentralisés, à l’échelle des immeubles notamment, que ce soit pour le recyclage de l’eau, des déchets ménagers ou industriels, par exemple.»

En Suisse, les exemples d’entreprises technologiques se profilant en faveur de l’environnement sont nombreux. Swisscom se vante ainsi d’avoir un impact positif en favorisant le télétravail ou encore l’essor des villes connectées. La start-up Ecorobotix, basée à Yverdon, développe quant à elle des robots désherbeurs, mus par l’énergie solaire, capables à terme de réduire d’un facteur dix à vingt le nombre de litres de désherbant pour un champ. Comme quoi, la technologie, utilisée à bon escient, peut être utile pour la planète.

Au sujet de cette société: Ecorobotix lancera bientôt ses robots désherbeurs sur le marché


En vidéo: A bord du Beluga, la traque aux micropolluants


Le défi environnemental faisant partie des causes définies par Le Temps pour ses 20 ans, cet article est offert en libre accès et sous licence «Creative commons». Retrouvez tous nos articles et vidéos sur le sujet.