Comme convenu en 2008, Novartis a annoncé aujourd’hui le rachat à Nestlé des 52% restant de sa participation dans Alcon au prix de 28,1 milliards de dollars. Le géant pharmaceutique bâlois détient désormais 77% de l’un des plus grands fabricants au monde de produits ophtalmologiques, et entend acquérir, auprès des actionnaires minoritaires, les 23% restant du capital par échange d’actions.

Dans son communiqué du jour, Novartis propose 2,8 de ses propres actions en échange de chaque titre restant d’Alcon, soit un prix implicite de 153 dollars par action, et un total de quelque 11 milliards de dollars.

Au final, il est probable que Novartis paie plus que 153 dollars par action, estime un analyste londonien cité par l’agence Reuters: «Ce n’est que le début d’un processus de négociation. Ce que veut Novartis, c’est ne pas payer plus que ce qu’ils ont payé dans le rachat de la participation de Nestlé.»

En 2008, Novartis avait racheté à Nestlé 25% du capital d’Alcon pour un prix de 10,4 milliards de dollars, et convenu d’une option de rachat sur les 52% restant de la participation de Nestlé au prix de 180 dollars l’action. C’est cette option qu’exerce aujourd’hui Novartis.

Pour financer l’opération, Novartis puisera dans ses liquidités – qui se montaient à 14,2 milliards en septembre 2008 – et, pour un montant maximal de 16 milliards de dollars, s’endettera à moyen et long terme, profitant de taux d’intérêts actuellement bas.

Avec plusieurs patentes d’importants médicaments arrivant prochainement à échéance (dont les gros vendeurs que sont le Diovan contre l’hypertension, et le Gleevec contre la leucémie), Novartis cherche à diversifier ses sources de revenus en investissant dans un secteur où les marges sont plus importantes que dans celui des médicaments. En 2008, la marge opérationnelle d’Alcon était de 35%, contre 22% seulement chez Novartis.

L’acquisition d’Alcon permettra à Novartis de renforcer sa position dans un secteur en pleine croissance grâce à l’augmentation des besoins d’une population vieillissante, explique Daniel Vasella, le patron de Novartis, dans son communiqué. Alcon, connu du grand public pour ses solutions Opti-Free pour les lentilles de contact, est également très bien positionné dans le segment de la chirurgie de l’œil, où il réalise près de la moitié de ses revenus. Ses produits comprennent notamment des traitements contre le glaucome et des machines permettant d’opérer la cataracte.

En prenant le contrôle d’Alcon, Novartis espère des synergies de l’ordre de 300 millions de dollars en trois ans. Le groupe bâlois est en effet déjà actif dans l’ophtalmologie, avec Ciba Vision, qui fabrique des lentilles et autres produits associés, et avec le Lucentis, un traitement contre la dégénérescence maculaire.

Quant à Nestlé, que fera-t-elle de ces liquidités fraîchement acquises? Dans un communiqué séparé, le géant veveysan de l’alimentation indique lancer un nouveau programme de rachat d’actions propres pour un montant de 10 milliards de francs. Celui-ci débutera dès la fin du programme de rachat de 25 milliards de francs actuellement en cours. «La vente de notre participation dans Alcon nous permettra d’accélérer le développement de notre position de leader dans le domaine de l’alimentation, de la santé et du bien-être», déclarait aujourd’hui Paul Bulcke, directeur de Nestlé. En septembre, il affirmait encore que son groupe n’entendait pas faire prochainement d’importantes acquisitions.

Nombre d’analystes s’attendent à voir Nestlé entrer dans la course au rachat du chocolatier britannique Cadbury, actuellement sous le coup d’une OPA hostile de l’Américain Kraft Food. Le groupe suisse s’est toujours refusé à commenter ces spéculations. D’autres rumeurs font état d’un possible rachat par Nestlé d’un groupe américain d’aliments pour bébés, Mead Johnson Nutrition Co, dont la valeur avoisine les 9 milliards de dollars.