Elle a pris pour pseudonyme Li Li. Cette femme qui travaillait depuis le mois de janvier pour Novartis en Chine a récemment démissionné. Elle s’est confiée il y a quelques jours à un journal chinois et a accusé le groupe pharmaceutique suisse d’avoir incité ses employés à corrompre des médecins afin d’augmenter les ventes de Sandostatine. Ce médicament contre le cancer de l’estomac est aussi prescrit «off label» dans d’autres indications.

Li Li était chargée de la vente de médicaments dans de grands hôpitaux du nord-est de la Chine. Elle réclame un dédommagement de 758 000 francs de la part de Novartis, sinon elle menace «d’entreprendre d’autres actions».

La multinationale bâloise a pris l’affaire au sérieux et a ouvert une enquête interne pour établir les faits. Elle rappelle, dans un communiqué, qu’elle fait signer chaque année à tous ses collaborateurs un code de bonne conduite qui interdit des pratiques pareilles.

Cette affaire éclate au moment où sept groupes pharmaceutiques internationaux, parmi lesquels GlaxoSmithKline, Sanofi, et AstraZeneca, sont sous enquête en Chine pour corruption de médecins. Li Li a expliqué aux journalistes chinois que son supérieur lui avait fixé des objectifs de ventes impossibles à réaliser en respectant les règles usuelles. Elle disposait ainsi d’un budget «corruption» qu’elle a utilisé à hauteur de 7600 francs pour écouler des médicaments d’une valeur de près de 100 000 francs.

GlaxoSmithKline, dont quelques-uns des responsables chinois sont en détention, est accusé d’avoir dépensé quelque 450 millions de francs pour corrompre des médecins, alors que le budget ad hoc de Sanofi serait de plus de 250 000 francs destinés à quelque 500 médecins. En Chine, 80% des médicaments sont écoulés par le canal des hôpitaux. Les observateurs constatent que les médecins sont très mal payés et qu’ils doivent compter sur la vente de médicaments, qui peut représenter 40 à 70% de leur revenu, pour obtenir un salaire correct.

Selon Zhang Lufa, expert de la santé de l’Université Jiotong à Shanghai, cité par la NZZ am Sonntag, ce système favorise la corruption. Le gouvernement entend combattre ces pratiques et a lancé une campagne de trois mois qui débute ces jours. Les enquêtes menées contre des entreprises étrangères entrent, selon plusieurs observateurs, dans cette stratégie.

L’autre objectif consiste à faire pression sur les prix au moment où l’accès aux soins doit être démocratisé par la création d’une assurance maladie. La mise en place de ce nouveau système de santé coûte très cher. Plus de 160 milliards de francs ont déjà été dépensés en trois ans.

GlaxoSmithKline a compris le message. Le groupe a déjà fait savoir qu’il baisserait ses prix, alors que l’un des responsables détenus a déclaré que la corruption augmentait d’un tiers le prix de vente des médicaments de la société en Chine. Les dix plus grandes multinationales pharmaceutiques réalisent un chiffre d’affaires annuel de 10 milliards de francs en Chine. Ce pays devrait devenir, dès 2016, le deuxième marché mondial, derrière les Etats-Unis.

De profondes et coûteuses réformes du système de santé sont actuellement en cours