La démission, ce printemps, du cardiologue japonais Hiroaki Matsubara de son poste à l’Université préfectorale de médecine de Kyoto (KPUM), expliquée en juillet, relance la polémique sur la qualité des études cliniques dites indépendantes. Le 11 juillet, les responsables de l’institut KPUM ont admis, au terme d’une enquête, que les résultats d’essais cliniques concernant une indication secondaire du médicament contre l’hypertension Diovan de Novartis, avaient été faussés sous la supervision d’Hiroaki Matsubara.

Un ancien employé de Novartis Japon a directement participé à la réalisation de l’étude, ce qui constitue une infraction grave au code de déontologie et aux règles de la profession. L’étude, réalisée dès 2001, portait sur l’effet de Diovan, non pas dans son indication principale, soit la lutte contre l’hypertension, mais sur l’efficacité du médicament pour réduire les risques d’accident vasculaire cérébral (AVC) et les angines de poitrine.

Publiée en août 2009, elle a été utilisée par Novartis pour promouvoir la prolongation de vie de son produit dont le brevet principal lié à l’hypertension est arrivé à échéance en Europe en 2011 et aux Etats-Unis l’automne dernier. L’étude aboutissait à la conclusion de la forte supériorité de Diovan face à ses concurrents en tant que médicament préventif contre les AVC. Suite à des rumeurs de manque de probité d’Hiroaki Matsubara, qui a reçu 1,4 million de dollars de Novartis selon la revue Science, l’institut KPUM a vérifié une partie des données récoltées auprès de quelque 3000 patients. Sur 223 protocoles passés au crible, 34 falsifications évidentes, par exagération des problèmes cardiaques du groupe témoin, ont été relevées. L’étude a été retirée, en février 2013, par l’European Heart Journal, qui l’avait publiée en août 2009. Elle est par contre toujours mentionnée sur le site indépendant www.trialresultscenter.org utilisé par les praticiens pour connaître les études cliniques disponibles.

Générique en attente

Le produit Diovan a fortement contribué au succès commercial de Novartis. A son apogée, en 2010, il a généré un chiffre d’affaires de 6,1 milliards de dollars, contre 1,6 milliard estimé en 2014 selon Credit Suisse. La faible croissance du groupe dès 2011 est en grande partie la conséquence de la perte du brevet principal de ce médicament. Si les résultats du premier semestre 2013 sont meilleurs que prévu, c’est notamment parce que le laboratoire indien Ranbaxy n’est pas encore parvenu à lancer un médicament générique aux Etats-Unis. L’impact des génériques se limitera donc, selon Novartis, à 2,7 milliards de dollars en 2013, contre 3,5 milliards annoncés en janvier.

A propos de l’affaire japonaise, le groupe bâlois indique au Temps qu’il a lancé une enquête externe sur les conflits d’intérêts. «Mais il y a aujourd’hui des règles de conduite plus strictes qu’entre 2001 et 2004 lorsque ces études sur Diovan ont débuté», explique Novartis. A noter que les études cliniques qui ont conduit à l’approbation de Diovan par les autorités, dès 1996, ne sont pas concernées.