Novartis publie aujourd'hui ses résultats semestriels. Les observateurs attentifs vont se précipiter sur les performances de la division agribusiness, deuxième activité du groupe par son chiffre d'affaires. Cette division fait l'objet d'une restructuration: 1100 emplois seront supprimés en deux ans, soit 7% de l'effectif. Ce programme devrait permettre à Novartis d'économiser 200 millions de francs par an. Heinz Imhof, nouveau patron de l'agribusiness, présentera sa stratégie en septembre. Il a déjà prévenu que la crise mondiale qui touche les produits phytosanitaires se poursuivrait cette année et la suivante. Les marchés l'ont précédé et de nombreuses rumeurs circulent sur l'attitude que pourrait avoir le groupe bâlois. Daniel Vasella, le PDG de Novartis, a répété à plusieurs occasions qu'il étudiait toutes les possibilités. On parle d'une vente, d'un spin-off (une autonomisation de la division), voire d'un échange avec une compagnie qui pourrait avoir intérêt à troquer une activité pharmaceutique contre de l'agribusiness. Pour l'instant, les officiels de la firme refusent d'en dire plus.

Pour Birgit Kulhof, de Lombard Odier & Cie, «un spin-off serait interprété comme un pas dans la bonne direction par le marché. Les investisseurs préfèrent avoir deux actions distinctes pour deux activités différentes». Depuis le début de l'année, l'action Novartis a connu la troisième plus mauvaise performance du marché suisse, avec une chute de 15%. Comme le relève un bon connaisseur du secteur, «les médicaments de Novartis peuvent profiter du savoir faire marketing de la division consumer health. Mais que retirent-ils de la proximité de l'agribusiness?». Sans compter qu'un brouillage peut s'opérer dans l'esprit du consommateur entre une activité plutôt appréciée et l'autre redoutée, avec les récents développements dans le domaine des organismes génétiquement modifiés.

Outre Novartis, d'autres compagnies pharmaceutiques ont émis le désir de se séparer de leur activité dans le domaine de l'agriculture: de manière ouverte comme AstraZeneca, ou avec plus de discrétion comme American Home Product. «Dans le même temps, des entreprises chimiques montrent de l'intérêt, comme Dupont de Nemours ou Bayer», relève Hervé de Kergrohen, analyste de Darier Hentsch & Cie. Mais Birgit Kulhof prévient: «Novartis aura du mal à vendre sa division agribusiness. Elle détient une position importante sur le marché et son éventuel partenaire pourrait être inquiété par les autorités anticartellaires». Huit grandes sociétés détiennent 80% du marché mondial alors que dans le secteur pharmaceutique, aucun des acteurs ne détient 5% de parts de marché.

Un troc d'activités? Les analystes s'interrogent. Une telle opération pourrait s'avérer difficile à mettre en œuvre. Le secteur a connu pas mal de tentatives d'alliances avortées, comme la fusion de Monsanto et American Home Products ou celle de Glaxo Wellcome et Smithkline Beecham, qui ont refroidi bien des ardeurs. De plus, une telle opération connaîtrait potentiellement les mêmes réticences de la part des surveillants de la concurrence.

«Tentative d'apaiser les marchés»

Michel Thierrin, de Bordier & Cie, ne croit pas au lâchage de l'agribusiness. «Novartis a le premier mis en place ce concept de sciences de la vie qui associe différentes spécialités. De nombreux concurrents le suivent sur ce terrain, reprenant même sa terminologie. Pourquoi changer?». Notre interlocuteur relativise les mauvais résultats de l'agribusiness. «La marge opérationnelle de cette division (27,5% l'an passé) est meilleure que la pharma de Roche (21,6%)».

Il met les déclarations du docteur Vasella sur le compte d'une tentative d'apaiser les marchés, qui réclament depuis des semaines que «quelque chose se passe». Réponse dans les prochaines semaines.