Pharma

Novartis devra restructurer Alcon

Le titre a chuté mardi en bourse suite à de mauvais résultats de la division ophtalmologique

Le groupe Novartis est entré dès 2008 dans l’ophtalmologie en rachetant progressivement la société Alcon à Nestlé pour 52 milliards de dollars (51,1 milliards de francs). Les raisons, invoquées à l’époque par Daniel Vasella pour procéder à ce qui fut l’une des plus grosses transactions dans le domaine pharmaceutique, étaient la stabilité et la forte marge bénéficiaire de ses affaires, qui reposent notamment sur la vente de lentilles oculaires. Le pari n’est pas gagné à la lecture des derniers résultats du groupe, présentés mardi par Joe Jimenez, patron de Novartis.

Alcon, qui représente plus d’un cinquième du chiffre d’affaires du groupe et plus d’un quart du bénéfice opérationnel, se trouve confronté à un problème structurel qui pèse lourdement sur la performance de l’ensemble de l’entreprise pharmaceutique bâloise. Les investisseurs sont mécontents et l’ont fait savoir en provoquant une baisse de 1,44% du cours du titre mardi à la clôture de la bourse suisse.

De juillet à fin septembre, le bénéfice opérationnel d’Alcon a chuté de 58%, à 159 millions de dollars, comparé à la même période de l’année précédente. Le chiffre d’affaires a reculé de 12%, à 2,34 milliards. La marge bénéficiaire opérationnelle hors certains éléments exceptionnels (dite core) diminue nettement en passant de 36% à 30%, soit au-dessous de celle de la division pharmaceutique de Novartis. Même en excluant totalement les effets de change, le bénéfice d’Alcon recule de 22%.

Des mesures à préciser pour 2016

Joe Jimenez a reconnu, mardi au cours d’une conférence téléphonique, qu’il y a un problème. Des mesures de restructuration et de relance des affaires sont en préparation et seront annoncées en janvier 2016. Pressé de questions, il est resté évasif sur leur contenu en laissant entendre que ce programme sera en lien avec la capacité d’innovation d’Alcon. Il ne s’agira manifestement pas d’une avancée spectaculaire des études menées avec Google pour la mise au point de lentilles de contact intelligentes. Lors d’une interview avec Le Temps réalisée fin 2014, Jeff George, patron d’Alcon, classait ce projet dans «les innovations qui passent aussi par des paris à long terme et à plus haut risque».

«Je doute de la capacité de Novartis de parvenir à redresser rapidement les affaires d’Alcon, souligne Stefan Schneider, analyste de la banque Vontobel. Les facteurs de chute de la croissance de cette division sont en effet multiples. Ils concernent certes le manque d’innovation, mais aussi la faiblesse concurrentielle et celui de la perte de brevets. Les problèmes ne pourront donc pas être résolus à court terme». Alcon s’est fait notamment distancer dans le domaine des lentilles intraoculaires et celui du traitement du glaucome, avec un recul des ventes de 129 millions de dollars en trois mois, et de 287 millions en neuf mois.

Le côté épineux de ces difficultés est aussi souligné par Chi Tran-Brändli, analyste de Safra Sarasin, qui s’inquiète de «la poursuite de la détérioration de la situation d’Alcon, problème qui ne semble pas avoir de solution déjà prête».

Augmenter la productivité

Novartis a fait le point sur les résultats des mesures d’augmentation de productivité. Cinq centres de services transversaux ont été créés, notamment au Mexique, en Inde et en Irlande. Des économies de 1,35 milliard de dollars ont été réalisées au troisième trimestre, dont 500 millions dans l’approvisionnement. Depuis le début du programme, 24 sites de production ont été cédés, fermés ou restructurés. La marge bénéficiaire du groupe, hors éléments exceptionnels, a ainsi pu être augmentée en passant de 27,6% à 28,4%, alors que le chiffre d’affaires net s’est inscrit à 12,26 milliards de dollars, en baisse de 6%.

Dans le procès qui oppose Novartis à la justice new-yorkaise à propos de rabais illégaux offerts à des pharmacies américaines, un arrangement est en voie d’être conclu. Il en coûtera 390 millions de dollars à la société, au lieu de plus de 2 milliards estimés à l’origine.

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