Les efforts scientifiques de Novartis, redoublés après la prise de contrôle complète de Chiron en avril 2006, commencent à payer. Deux vaccins, actuellement développés contre la méningite, ont le potentiel de blockbuster, soit des ventes annuelles d'au moins 1 milliard dollars selon les analystes financiers.

Le groupe bâlois a annoncé mercredi de nouvelles données cliniques très prometteuses pour un vaccin contre la méningite de type B, infection mortelle ou invalidante qui touche plusieurs dizaines de milliers de personnes par an. Une étude clinique de phase II, menée en Grande-Bretagne sur 150 bébés, a démontré un taux de réponse de 85 à 96% jusqu'à six mois, puis de 93 à 100% après un rappel à l'âge de 1 an.

Or les enfants en bas âge, jusqu'à 2 ans, ne peuvent pas, actuellement, être vaccinés contre la méningite. Toutes souches confondues, cette maladie foudroyante qui s'attaque au cerveau et à la colonne vertébrale concerne 500000 personnes par an. Le taux de mortalité est de 10% et le risque d'invalidité s'élève à 20%. Les études de phase III, développées en ce moment avec deux produits, MenB et Menveo, font penser que Novartis pourra déposer un premier dossier d'homologation d'ici à la fin de l'année, ce qui laisse augurer le lancement d'un vaccin dès 2009.

Menveo, actif contre les souches de méningite A, C, W et Y, s'attaque à un marché en partie détenu par Sanofi-Aventis, dont le produit Menactra génère aujourd'hui un chiffre d'affaires annuel de 500 millions d'euros. Le vaccin de Novartis, comparativement plus efficace et étendu aux enfants en bas âge, dispose donc d'un potentiel de plus d'un milliard de dollars.

En s'intéressant de près aux vaccins, Novartis a apporté des technologies modernes de simulation informatique utilisées dans la recherche pharmaceutique moderne. Dans le cadre des recherches sur le vaccin MenB, le groupe bâlois a commencé par décoder le gène de la souche de méningite B et a découvert quelque 600 protéines. Des simulations informatiques ont ensuite permis de choisir les antigènes le mieux à même de tuer la bactérie à l'origine de l'infection.

Les reins solides

Le chiffre d'affaires de la division vaccins a fortement progressé depuis 2005 (voir graphique). Il dépassera 1,5 milliard de dollars cette année. Le bénéfice opérationnel s'est élevé l'an dernier à 72 millions de dollars. Les efforts de recherche se paient par une perte opérationnelle de 53 millions de dollars au premier trimestre 2008. Mais le retour sur investissement ne va pas tarder. Et puis, le groupe a les reins solides, avec un bénéfice d'exploitation de quelque 2,5 milliards de dollars au premier trimestre.

Novartis, qui a pris une participation financière de 15,9% dans la société autrichienne Intercell, développe avec elle de nouveaux vaccins, notamment contre la pneumonie et l'hépatite C. Un tiers de sa recherche en vaccins est basée sur des produits d'Intercell, société qui est sortie pour la première fois des chiffres rouges en 2007, grâce à Novartis.