Pharma

Novartis fait éclater son boulet Alcon

Le départ du patron de la division ophtalmologique et le lancement d’un programme d’économies de plus d’un milliard de dollars est la réponse à la faible performance du groupe pharmaceutique bâlois en 2015

Joe Jimenez, patron de Novartis, faisait contre mauvaise fortune bon coeur mercredi lors de la présentation des résultats de l’exercice 2015. «Examinez les chiffres à taux de change constant et sans les éléments spéciaux. Vous constaterez alors qu’ils sont bons», a-t-il tenté de rassurer devant la presse.

Passé sous cette lorgnette, en gommant notamment le raffermissement du dollar qui fait chuter de 10% le chiffre d’affaires et de 15% le bénéfice opérationnel, l’exercice 2015 du groupe pharmaceutique bâlois est tout à fait présentable, avec une progression de 5% des ventes et de 10% du bénéfice d’exploitation hors éléments exceptionnels.

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Mais les investisseurs n’ont pas été dupes. Ces résultats, inférieurs aux attentes, ont provoqué une baisse de 3,71% du cours du titre à la clôture de la bourse. Les ventes du groupe, non retouchées, diminuent de 5% en passant sous la barre des 50 milliards de dollars, alors que le bénéfice d’exploitation chute de 19%, à 8,9 milliards.

Les résultats de la division pharmaceutique correspondent aux attentes, mais ceux des génériques Sandoz déçoivent avec une baisse de 8% du bénéfice. Alcon, marqué en 2015 par une chute de 50% du bénéfice et de 5% des ventes, constitue le principal souci du groupe. Comme attendu, cette division ophtalmologique, qui souffre de manque d’innovation, est restructurée.

Les affaires purement pharmaceutiques d’Alcon seront transférées au sein de la division ad hoc de Novartis qui commercialise déjà Lucentis, un médicament contre la dégénérescence maculaire. Cela représente le déplacement d’un chiffre d’affaires de 3,8 milliards de dollars. Un volume annuel de quelque 6 milliards de dollars dans le domaine des lentilles de contact, des produits d’entretien, et des instruments de chirurgie reste au sein d’Alcon. La société avait été achetée en 2011 à Nestlé pour plus de 50 milliards de dollars.

La restructuration est aussi accompagnée du départ de Jeff George. Ce manager américain avait été engagé par Daniel Vasella, ancien patron de Novartis. Au cours de dix ans passés au sein du groupe, il a aussi dirigé Sandoz. Officiellement, Jeff George a «décidé de quitter Novartis», selon le communiqué de la multinationale. On peut présumer, vu la rapidité de son remplacement, qu’il a été poussé vers la sortie. Dès le 1er février Mike Ball dirigera Alcon. Il a acquis sa réputation dans des sociétés possédant également des produits en ophtalmologie. Président d’Allergan, il a été directeur général d’Hospira jusqu’à l’année dernière.

La dislocation d’Alcon s’accompagne d’un plan de restructuration plus vaste qui touche aussi l’appareil de production du groupe bâlois. De nouvelles usines dans le monde, en plus des 25 déjà touchées ces dernières années, vont être vendues ou fermées «sans que les effectifs globaux du groupe diminuent», précise Joe Jimenez.

La centralisation des opérations manufacturières de toutes les divisions au sein d’une nouvelle unité de gestion sera mise en place. Novartis va aussi serrer les boulons dans les dépenses de développement des médicaments. «Notre société sera ainsi bien positionnée pour le futur», note Joe Jimenez, qui s’attend à une augmentation de la pression à la baisse des prix, notamment aux Etats-Unis. Le groupe a des difficultés à se remettre de la perte du brevet de Diovan, un médicament contre l’hypertension qui a généré un chiffre d’affaires annuel de plus de 6 milliards de dollars.

La restructuration amènera des économies annuelles de plus d’un milliard de dollars à partir de 2020. Elle entraînera aussi des coûts d’un montant de 1,4 milliard, réparti sur cinq ans.

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