Le groupe bâlois Novartis a annoncé jeudi à Bâle un investissement d'un milliard de francs cette année dans le lancement de nouveaux médicaments. La moitié de ces frais de marketing et de distribution va concerner cinq produits situés dans des champs thérapeutiques identifiés comme porteurs par Novartis: le diabète, le traitement et la prévention de l'ostéoporose et des métastases osseuses, la leucémie, l'asthme et les troubles intestinaux.

A terme, le but de cette opération est de garnir le portefeuille de Novartis de «blockbusters», ces médicaments pesant au moins un milliard de dollars en termes de ventes annuelles, et réclamés par les marchés toujours gourmands en plus-values potentielles. Or, le portefeuille de Novartis ne compte qu'un médicament affichant un tel revenu: le couple Sandimmun/Néoral – qui a fait en grande partie le succès de Sandoz – dont les ventes dépassent 2 milliards de francs. Même si cette barre mythique a été très arbitrairement fixée par les marchés, le développement de médicaments induisant de gros chiffres d'affaires reste un passage obligé pour une compagnie aussi globale que Novartis, désireuse par ailleurs de séduire encore davantage les investisseurs anglo-saxons. Le renforcement de sa présence – commerciale comme financière – aux Etats-Unis reste une des priorités de Daniel Vasella, président du groupe bâlois.

Attirer les scientifiques

Grâce à une bonne maîtrise des coûts financiers et de la gestion de la trésorerie (le résultat financier net est passé de 793 millions à plus d'un milliard de francs), les gains sur devises ont pu être réinvestis pour assurer ses frais commerciaux. Le chef des activités pharmaceutiques, Thomas Ebeling, peut donc remercier le patron des finances du groupe, Raymund Breu. En 2000, les frais de marketing et de distribution ont déjà bondi de 23% pour atteindre 9,5 milliards de francs, ce qui représente 32,8% du chiffre d'affaires de Novartis (30,9% en 1999). En 2001, ce milliard va surtout être injecté dans la division pharma, dont la marge opérationnelle a encore progressé de 0,1% pour se situer à 30,7%.

La croissance du poste recherche & développement reste bien réelle puisqu'elle a progressé de 14%, à 4 milliards et des poussières. Sa part au chiffre d'affaires reste cependant stable (13,8% contre 13,9% un an auparavant). Au lendemain du décodage du génome humain, Paul Herrling, responsable de la recherche, a rappelé que la stratégie du groupe dans le domaine de la génétique «a moins consisté à trouver des gènes qu'à comprendre leur fonctionnement». Jugeant les jeunes pousses biotech trop spécialisées, Novartis ne songe pas à les racheter. Pourquoi? «Lorsqu'ils sont à la tête des start-up et fonctionnent avec une mentalité d'entrepreneurs, les chercheurs sont performants. A l'abri d'une grande société comme la nôtre, ils ont la fâcheuse tendance à se reposer sur leurs lauriers», avoue en aparté un des dirigeants de Novartis.

Le groupe bâlois veut surtout attirer les scientifiques à Bâle et dans ses autres centres de recherche (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Autriche, Japon) en leur offrant son appui logistique, son tissu de relations dans la communauté scientifique et académique, l'organisation de symposiums, la possibilité d'être publié dans des revues renommées. De 1995 à 2000, les travaux des chercheurs de Novartis ont été cités à plus de 30 000 reprises, a précisé Paul Herrling. «Ce n'est pas la quantité, mais la qualité des publications qui nous intéresse», a encore relevé le Bâlois. Dans les années à venir, le site bâlois de Novartis sera de moins en moins orienté sur la production et de plus en plus sur les connaissances. Les progrès réalisés dans la génomique vont aussi désormais permettre aux compagnies pharmaceutiques de raccourcir le temps dévolu aux phases de recherche: en moyenne, ce laps de temps va passer chez Novartis de six à quatre ans.

Au sujet de la votation du 4 mars sur la question des génériques, Daniel Vasella a déclaré par ailleurs que les prix des médicaments avaient moins progressé que celui de nombreux autres produits ou services. Selon le président de Novartis, l'indice des médicaments s'est établi à 100,3 en 2000 (1993 = base 100) contre 106,2 pour les frais dentaires, 115,0 pour les frais d'hôpitaux et 105,7 pour l'indice suisse des prix à la consommation. Selon Daniel Vasella, les médicaments de marque débouchent au contraire sur des économies dans le domaine de la santé: «Une étude américaine souligne que chaque dollar investi dans un médicament innovant a produit une économie de 1,11 dollar.»