Restructuration

Novartis licencie et délocalise

Le géant suisse poursuit son plan d’économie et sabre 2000 emplois, dont 1100 en Suisse. Le site de Prangins sera fermé. L’entreprise bâloise annonce 2,2 milliards de francs de bénéfices au troisième trimestre

Bouleversement du marché suisse et mondial de la santé, pression croissante sur les prix des médicaments et conséquences du franc fort. Novartis a avancé diverses raisons mardi pour expliquer le licenciement de 1100 collaborateurs en Suisse, dont 760 dans le campus de Bâle et 320 à Prangins (VD). A terme, ce site romand sera fermé. La multinationale bâloise va aussi se séparer de 1000 autres employés notamment aux Etats-Unis et en Italie. En revanche, elle compte créer 700 places de travail en Chine et dans d’autres pays à bas coût de production. En clair, elle délocalise.

L’annonce de la restructuration a eu lieu en même temps que la publication des derniers résultats du groupe. Au troisième trimestre 2011, le géant a réalisé un bénéfice net de 2,2 milliards de francs, en hausse de 12% par rapport aux trois mois précédents. Le chiffre d’affaires a progressé de 18%.

«Nos performances sont certes bonnes, mais nous devons faire face à un environnement difficile, qui durera probablement dans les années à venir, a déclaré Joseph Jimenez, directeur de Novartis. Nous devons donc prendre des mesures d’anticipation afin de garantir que le groupe poursuive sa mission de découvrir et développer de nouveaux médicaments.» Il a déclaré comprendre l’incertitude et l’anxiété parmi les collaborateurs du groupe et a promis une aide dans la recherche d’un emploi. Cette restructuration n’est dans aucune mesure synonyme de désinvestissement en Suisse, explique le groupe. A Bâle, 34 millions de dollars seront injectés dans la mise en place d’un site technologique et 42 millions dans des activités chimiques. Pour Armin Zust, directeur de Novartis Suisse, la restructuration permettra d’assurer l’attractivité de la Suisse à long terme, pour des futurs investissements. Dans l’ensemble du pays, Novartis emploie 12 500 travailleurs dans 13 sites. Dans le monde, ils sont 121 000 actifs dans 140 pays.

La fermeture du site de Prangins en a choqué plus d’un dans la mesure où la direction n’avait donné aucun signal allant dans ce sens. Bien au contraire. En juin, lorsque le premier train de mesures de restructuration était annoncé, notamment avec le transfert de l’unité administrative bernoise à Rotkreuz, dans le canton de Zoug, le groupe avait clairement laissé entendre que Prangins ne serait pas touché. Il s’agit ici d’une unité de production de médicaments OTC (médicaments vendus sans ordonnance), d’un centre de recherche et de développement ainsi que des unités de gestion et de vente. Selon François Binster, chef Communication de Novartis Consumer Health, le site compte près de 800 collaborateurs, y compris près de 200 temporaires et consultants. Après la fermeture du site, les chercheurs et autres cadres seront replacés dans la région lémanique.

Dans une déclaration au Temps, Michael Pluess, directeur Corporate Affairs Switzerland explique que la décision de fermer le site de Prangins permet de réduire la capacité de production de l’ensemble du groupe. «Nous avons des surcapacités à l’échelle mondiale. En délocalisant une partie des activités de Prangins à Wehr, près de Bâle en Allemagne, nous optimisons notre production, réalisons des économies d’échelle importantes, qui seront réinvesties dans l’innovation», dit-il.

Le franc fort est-il vraiment le problème? Michael Pluess tempère. «L’évolution du franc est clairement défavorable, mais ce n’est de loin pas la seule raison de notre décision, dit-il. Elle n’a fait qu’aggraver une situation économique déjà tendue.»

Le responsable de Novartis pointe aussi du doigt la pression sur les prix des médicaments sur le marché mondial. «Rien qu’en Suisse, la politique de baisse des prix imposée par le Conseil fédéral nous coûte 100 millions de francs par année, explique-t-il. Nous ne pouvons pas rester sans réagir dans ces circonstances.»

La décision de Novartis a été critiquée par les employés et les syndicats qui reprochent aussi au groupe la façon brutale avec laquelle les suppressions d’emplois ont été annoncées. Les cadres ont été convoqués lundi matin par SMS dans un hôtel à Prangins pour information. Les autres employés ont été informés mardi matin, seulement trente minutes après une communication faite à la Commission du personnel. «Nous avons obtenu de la bourse une dérogation afin d’envoyer notre communiqué à 8h30 seulement, ce qui nous a permis d’informer en priorité nos collaborateurs, se défend Michael Pluess. Par respect pour eux, nous avons tout fait pour qu’ils n’apprennent pas la nouvelle dans leur voiture en arrivant au travail mardi matin.»

Publicité